La Nouvelle Revue d'Histoire : "L'histoire à l'endroit". Fondée en 2002 par Dominique Venner et dirigée par Philippe Conrad.

L’Homme romain. Par Michel Meslin / Mythologie comparée. Par Friedrich Max Müller / Atlas historique de l’Irlande. Par S. Duffy… / Knut Hamsun. Sous la direction de Régis Boyer / Romain Rolland tel qu’en lui-même. Par Bernard Duchatelet...

En bref

En bref

Source : La Nouvelle Revue d’Histoire n°3, novembre-décembre 2002. Pour retrouver ce numéro, rendez-vous sur la e-boutique en cliquant ici.
L’Homme romain. Par Michel Meslin, Complexe, 292 p., index, 9,90 €

Réédition attendue d’un ouvrage remarquable et très accessible, permettant de saisir de l’intérieur ce que furent Rome et les Romains que l’on découvre proches de nous à bien des égards. Il ne s’agit pas seulement de l’homme (vir). De longs développements se rapportent à la femme, au mariage, à l’amour. Tout est exploré, la cité, le droit, la famille, les dieux, le destin, la guerre, la mort. Ce qui est dit du Romain vu comme une personne est exemplaire. Ce livre est beaucoup plus qu’un essai anthropologique, c’est l’œuvre d’un historien profond. S’appuyant sur Dumézil, celui-ci éclaire l’histoire romaine par la mythologie indo-européenne.

Mythologie comparée. Par Friedrich Max Müller, Robert Laffont, Coll. Bouquins, 880 p., 27,30 €

Voici enfin rééditées des études du célèbre Max Müller (1823-1900), grand mythologue formé à Berlin et professeur à Oxford. Ses livres eurent une grande influence non seulement sur tous les historiens des religions, de Renan à Dumézil (qui s’opposa à lui), mais aussi sur bien des écrivains français, de Mallarmé à Yves Bonnefoy.

Atlas historique de l’Irlande. Par S. Duffy, G. Doherty, T. Gillespie, Autrement, 144 p., 26 €

Une équipe d’historiens irlandais retrace dans ce volume abondamment illustré (nombreuses cartes) le singulier destin de ce pays petit par la taille, mais grand par le rayonnement historique. Dix millénaires d’aventure irlandaise nous sont présentés de façon synthétique et pédagogique. On s’en voudrait de ne pas citer aussi les Études irlandaises, revue française publiée notamment par P. Joannon, auteur d’un Michael Collins (La Table ronde) et que tous les amoureux de la verte Erin doivent connaître. La dernière livraison étudie le statut de la langue gaélique aujourd’hui (Diff. Presses univ. du Septentrion, Villeneuve d’Ascq).

Knut Hamsun. Sous la direction de Régis Boyer, L’Âge d’Homme, 320 p., 40 €

Prix nobel de littérature, chantre des grands espaces du Nordland, l’écrivain Knut Hamsun (1859-1952), né Pedersen, fait l’objet d’un copieux volume qui contribue à éclairer des pans entiers de son œuvre considérable, avec des contributions de qualité, principalement rédigées par des spécialistes norvégiens. Nostalgique des temps primordiaux, l’auteur de La Faim a toujours été porté par un rêve romantique, nationaliste et mystique, lui ayant fait exécrer une modernité incarnée à ses yeux par le matérialisme anglo-saxon. Ce désir de sortir des sentiers où l’herbe ne repousse plus fera de lui un sympathisant actif d’un IIIe Reich idéalisé.

Romain Rolland tel qu’en lui-même. Par Bernard Duchatelet, Albin Michel, 448 p., 22,90 €

En 1914, Romain Rolland signe l’article « Au-dessus de la mêlée » où il appelle les hommes de bonne volonté à s’unir contre la guerre. Insulté par les belllicistes et les maurassiens, il oppose à leur élan suicidaire un idéal patriotique tempéré d’humanisme et de lucidité quant au Vieux Continent voué à un tel déclin. Le grand mérite de son biographe (pointilliste) est de situer l’écrivain, sa vie, son œuvre, ses engagements au cœur des débats de son époque faisant revivre une génération marquée par l’idéologie. Époux d’une ex-princesse russe convertie au communisme, Romain Rolland n’en conserve pas moins une naturelle aversion pour le matérialisme et l’on relit encore avec jubilation la saga d’un Jean-Christophe oscillant entre animalité instinctive et mystique enracinée. Clin d’œil posthume d’un esprit libre : disparu en 1944, Romain Rolland sauve son ami Alphonse de Châteaubriant des balles de l’Épuration sous les traits d’une de ses égéries autrichienne…

Le Modèle français depuis 1945. Pascal Gauchon, PUF, Que Sais-je ? n° 3649, 6,50 €

Tout ce qu’il faut savoir sur le « modèle » français en matière économique, sociale et culturelle. Un modèle apparu en 1945, mais qui doit beaucoup au colbertisme (sur la longue durée) et aux réformes entreprises sous Vichy, bien étudiées par François-Georges Dreyfus. L’auteur distingue trois âges entre 1945, gaullisme et mitterrandisme. Constat actuel : le modèle est mis en échec par ses propres contradictions, par les changements de mentalité et de société, par la mondialisation. Ne subsiste que la défense de privilèges sociaux périmés.

Fernand de Brinon, l’aristocrate de la Collaboration. Par Gilbert Joseph, Albin Michel, 654 p., index, 26 €

Sous le titre Combattant du Vercors, Gilbert Joseph avait publié jadis un livre de souvenirs partial et criant de vérité, l’un des meilleurs dans le genre. Pourquoi donc cet ancien résistant s’intéresse-t-il soudain à l’univers de la Collaboration qui lui est visiblement étranger et qui nous vaut un long pensum assez ennuyeux ? Il lui échappe que les documents officiels de Vichy à l’usage des occupants étaient souvent destinés à donner le change. Les lire au premier degré n’a aucun sens. Seul se révèle intéressant le dernier chapitre consacré à l’instruction bâclée et au procès inique précédant la mise à mort, en dépit de tous les malheureux que Fernand de Brinon était parvenu à sauver dans l’exercice de ses fonctions d’ambassadeur auprès du Reich.

Le Traité de Versailles. Par Jean-Jacques Becker, PUF, Que Sais-je ?, 128 p., 6,50 €

Par un spécialiste de la Grande Guerre, un petit ouvrage précis sur le détestable traité imposé aux vaincus en 1918, dont on sait qu’il engendra la guerre suivante. L’essentiel est dit sur les responsabilités partagées du conflit, les opinions publiques en 1919, le rôle des grands acteurs, Clemenceau, Wilson et Llyod George, avec des nuances qui atténuent le jugement sévère de la postérité. La seule critique portera sur la faible part accordée au point de vue allemand et à la situation dramatique de l’Allemagne en 1919.

Maurras en justice. Par Georges-Paul Wagner, Clovis, 156 p., index, 16 €

Par un grand avocat, le récit circonstancié des tribulations judiciaires ayant jalonné la vie de Charles Maurras. Écrit d’une plume compétente et fluide, ce petit ouvrage passionnant peut se lire comme une leçon exemplaire de politique et d’histoire. Il offre un portrait intellectuel et moral d’un personnage intraitable, qui ne fut jamais si grand que devant les jurés de 1945. Mieux qu’un long traité, ce portrait fait sentir en quoi Maurras fut un maître incomparable pour ses disciples.

L’Étoile rouge de David. Par Jacques Frémontier, Fayard, 500 p., index, 25 €

La passion amoureuse qui s’établit entre les nouveaux émigrants juifs européens et le Parti communiste français dans le Pletz (Marais) ou le Belleville des années 30, et qui culmine avec la guerre et les combats des FTP/MOI, nous est connue, grâce à Annie Kriegel et à ses disciples. On sait moins que cet engagement fut aussi celui de nombreux militants d’origine sépharade venus de Tunisie, du Maroc, de Salonique ou d’Égypte, qui, tel le mystérieux Henri Curiel, restèrent bien après la décolonisation des soldats résolus de l’internationalisme. Là est tout l’intérêt du livre de Jacques Frémontier, lui-même ancien militant, bien qu’il pêche souvent par complaisance.

Itinéraire politique de Saint-Loup. Par Jérôme Moreau, L’Æncre, 286 p., 24 €

Romancier à succès des années 1960, ayant frôlé le prix Goncourt en 1953 pour La Nuit commence au Cap Horn, Saint-Loup (Marc Augier) a fait par la suite l’objet d’un ostracisme virulent. Il fallait donc du courage pour s’attaquer à sa biographie. Fondateur du mouvement des Auberges de jeunesse, il troqua à partir de 1940 son socialisme pour un national-socialisme rêvé qui le conduira de la LVF à une œuvre d’écrivain engagé. Menée avec honnêteté et précision, cette biographie intellectuelle est une utile contribution à l’histoire des idées contemporaines.

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