La Nouvelle Revue d'Histoire : "L'histoire à l'endroit". Fondée en 2002 par Dominique Venner et dirigée par Philippe Conrad.

Et comme Melton est américain et se fonde sur des archives anglo-saxonnes, il est à l’abri de toute accusation de vichysme. Confirmant les intuitions de Coutau-Bégarie et de Huan, ce Darlan est un apport très important à l’historiographie de cette période.

Darlan 800

Darlan. Par George E. Melton

Source : La Nouvelle Revue d’Histoire n°4, janvier-février 2003. Pour retrouver ce numéro, rendez-vous sur la e-boutique en cliquant ici.

Une nouvelle biographie de l’amiral Darlan était-elle nécessaire après le magistral travail de Hervé Coutau-Bégarie et Claude Huan ?

À lire cette étude américaine, on découvre que l’ouvrage du professeur Melton apporte un certain nombre d’informations nouvelles et importantes. Fondé sur les archives anglo-saxonnes nouvellement ouvertes, il confirme l’existence d’entretiens importants entre Darlan et les plus hautes autorités américaines.

Darlan. Par George E. Melton

Darlan. Par George E. Melton

Robert Murphy, le consul général américain à Alger, savait que les alliés pourraient compter sur lui lors du débarquement en Afrique du Nord. Et à lire Melton, on ne peut que se demander jusqu’à quel point est grande l’hypocrisie des responsables américains faisant promesses sur promesses au général Giraud. Au reste, cela permet de comprendre le retard mis à transporter Henri Giraud de la Provence à Alger. Autre apport important du livre du professeur Melton : il montre fort bien qu’en quarante jours (du 12 novembre au 24 décembre 1942) l’amiral a su obtenir la confiance des Américains. Il a rallié l’AOF et Dakar, qui va aussitôt devenir une base de lutte anti sous-marine en Atlantique Sud, et a réconcilié les autorités françaises du Maroc avec les alliés. Il a facilité, avec Juin et Giraud, la mise en place sur les confins tunisiens de forces françaises qui sauront empêcher toutes les offensives allemandes vers le Constantinois.

Enfin, il a su maintenir l’ordre en Algérie et au Maroc, calmant les activistes musulmans tout en ayant nombre de prévenances à l’égard de la communauté israélite même s’il ne rétablit pas le décret Crémieux. De ce fait, le soutien américain à Darlan se renforce notablement d’autant que l’amiral laisse penser que dès que la métropole sera libérée, il quittera le pouvoir. Dès lors, on comprend mieux les oppositions à Darlan tant dans les milieux progressistes, furieux de voir maintenus les thèmes et les principes de la Révolution nationale, que chez les gaullistes.

À Londres, on a parfaitement compris que Darlan, soutenu par les Américains, risque d’être pour le général de Gaulle un concurrent sérieux. Après tout, l’opinion métropolitaine dans sa majorité, si elle est hostile à la collaboration avec les Allemands, n’est point réticente devant les principes d’une Révolution nationale, vraiment « nationale ». Enfin, on est sidéré par les utopies des monarchistes catholiques et du comte de Paris. Et pourtant, ce seront eux, même s’il y a incontestablement connivence gaulliste et britannique, qui assassineront l’amiral. Le livre de George E. Melton ne manque donc pas d’intérêt. Et comme Melton est américain et se fonde sur des archives anglo-saxonnes, il est à l’abri de toute accusation de vichysme. Confirmant les intuitions de Coutau-Bégarie et de Huan, ce Darlan est un apport très important à l’historiographie de cette période.

François-Georges Dreyfus

À propos de

Darlan. Par George E. Melton, Pygmalion, 2002, 346 pages, 22,90 €

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