La Nouvelle Revue d'Histoire : "L'histoire à l'endroit". Fondée en 2002 par Dominique Venner et dirigée par Philippe Conrad.

Si l’histoire crédite le général de Gaulle d’avoir, en apparence, libéré la France du boulet algérien, on sait dans quelles conditions honteuses cela fut réalisé, qu’il s’agisse des tueries contre la population européenne ou du massacre des harkis.

Oas Une

Histoire secrète de l’OAS

Source : La Nouvelle Revue d’Histoire n°4, janvier-février 2003. Pour retrouver ce numéro, rendez-vous sur la e-boutique en cliquant ici.

Ce gros livre, complété par une bibliographie à jour et un index copieux de plus d’un millier de noms, n’est ni le premier ni le dernier consacré à l’Organisation Armée Secrète (OAS).

Mais on lui reconnaîtra des qualités. Son auteur a su éviter les pièges de l’apologie et du dénigrement. Au fil des pages, sans abuser des notes et des références, il démontre que ce qu’il écrit provient d’une enquête foisonnante, engagée depuis des années auprès de très nombreux acteurs et témoins. Il suit un plan chronologique, présentant une histoire en train de se faire, en Algérie comme en métropole. Si on ne le savait déjà, on découvre alors les cafouillages entre les deux côtés de la Méditerranée, les oppositions de mentalité (notamment entre civils et militaires), les énormes difficultés d’organisation.

Histoire secrète de l’OAS. Par Georges Fleury

Histoire secrète de l’OAS. Par Georges Fleury

L’OAS en tant que telle eut une existence brève (février 1961-juin 1962). Elle n’a surgi qu’après plusieurs échecs (les Barricades de janvier 1960, les manifestations de décembre 1960, le putsch d’avril 1961). Le but était de bloquer la stratégie gaulliste amorcée dès le discours sur l’autodétermination (16 septembre 1959). Mais en métropole, de Gaulle avait pour lui le soutien d’une large partie de l’opinion (de l’extrême gauche à ses propres partisans). Avant l’OAS les activistes comptaient sur l’armée pour refaire Mai 58. Mais l’armée, depuis les Barricades, avait été épurée. Une course de vitesse dramatique s’est alors engagée contre le pouvoir et l’OAS dont les combattants, en Algérie comme en France, ont été peu nombreux mais ont bénéficié de réseaux d’influence dans les principaux corps de l’État et dans la droite nationale. La lutte sera impitoyable. Surtout dans la dernière période.

Amputée de ses chefs (après les arrestations de Degueldre, Jouhaud, Salan), luttant sur trois fronts (le FLN, les barbouzes, les services policiers), divisée sur la tactique à suivre (ce que montre l’épuration du Front nationaliste), l’OAS s’engage dans une fuite en avant sanglante et désespérée. Battue, dispersée, dénoncée à la vindicte publique, ayant raté l’attentat du Petit-Clamart, l’OAS ne survivait que dans les mémoires fidèles des rapatriés et des militants condamnés et emprisonnés, que le pouvoir libéra par des amnisties échelonnées, jusqu’en 1968. Le temps a fait son œuvre. Si l’histoire crédite le général de Gaulle d’avoir, en apparence, libéré la France du boulet algérien, on sait dans quelles conditions honteuses cela fut réalisé, qu’il s’agisse des tueries contre la population européenne ou du massacre des harkis. La faillite meurtrière de l’Algérie algérienne ainsi que l’immigration-invasion fournissent excuses et arguments à ceux qui essayèrent d’enrayer la pente fatale. Restent les souvenirs et l’histoire d’une passion qui mérite d’être comprise et racontée. Ce que Georges Fleury a réussi.

À propos de

Histoire secrète de l’OAS. Par Georges Fleury, Grasset, 1045 pages, 26 €

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