La Nouvelle Revue d'Histoire : "L'histoire à l'endroit". Fondée en 2002 par Dominique Venner et dirigée par Philippe Conrad.

En s'attachant au populisme, fruit de la colère, du silence contraint, de peurs cumulées et de solidarités identitaires, le livre de Roger Dupuy invite à réfléchir sur l’inattendu.

La politique du peuple. Racines, permanences et ambiguïtés du populisme

La politique du peuple. Racines, permanences et ambiguïtés du populisme

Source : La Nouvelle Revue d’Histoire n°4, janvier-février 2003. Pour retrouver ce numéro, rendez-vous sur la e-boutique en cliquant ici.

Voici un ouvrage novateur qui aide à interpréter les énigmes du présent au regard de l’histoire.

Dans sa postface, Roger Dupuy, professeur émérite à l’université de Rennes-II, auteur de plusieurs ouvrages sur la chouannerie, explique que son livre était écrit quand survint la commotion électorale du 21 avril 2002. Celle-ci lui apparut comme une vérification expérimentale de ce que son étude disait de la « politique du peuple ».

La politique du peuple. Racines, permanences et ambiguïtés du populisme

La politique du peuple. Racines, permanences et ambiguïtés du populisme

Son hypothèse est que la protestation populiste n’a rien à voir avec le «  fascisme » invoqué par les médias. Elle rejoint en revanche une réalité occultée par les sciences politiques. Son interprétation par les états-majors politiques ne fait que refléter l’inquiétude et le dédain des élites, dès l’Ancien Régime, face aux excès imprévus d’une plèbe incontrôlable. En écoutant les propos condescendants des élites condamnant un électorat égaré par les mauvais bergers du Front national, « on croirait entendre les physiocrates de l’entourage de Turgot vers 1775, lors de la “guerre des farines”, reprochant aux miséreux de ne pas faire confiance à la régulation du marché qui devait assurer l’abondance d’ici une ou deux décennies ».

Les historiens libéraux ou marxistes ont contribué à la permanence de cette méfiance en pensant la Révolution comme l’accomplissement des Lumières. Cette interprétation fait l’impasse sur la violence impulsive du peuple dans la dynamique révolutionnaire. Violence qui restait un mystère pour François Furet.

Pour percer ce mystère, Roger Dupuy a élargi le travail de Raymond Huard et d’Yves-Marie Bercé sur une « politique du peuple » enracinée dans l’Ancien Régime, ainsi que celui de Paul Bois et Charles Tilly sur les insurrections de l’Ouest pendant la Révolution. Il montre que le paroxysme de la Grande Peur, les soulèvements de 1789, les interventions décisives de la sans-culotterie de 1792 à 1794, mais également les révoltes de Vendée, relèvent d’un même phénomène infrapolitique où le rôle d’exacerbation des femmes est souvent important.

Il voit resurgir cette même « politique du peuple » en 1830, 1848, pendant la Commune de Paris, le boulangisme, les grèves de 1936, la Résistance en phase finale, le premier gaullisme et le Front national.

Il souligne le fossé entre le discours convenu des élites et le substrat quasi invisible et massif du populisme, fruit de la colère, du silence contraint, de peurs cumulées et de solidarités identitaires. Ce livre invite à réfléchir sur l’inattendu.

Dominique Venner

À propos de

La politique du peuple. Racines, permanences et ambiguïtés du populisme. Par Roger Dupuy, Albin Michel, 251 p., 18 €

Boutique. Voir l’intégralité des numéros : cliquez ici

La Nouvelle Revue d'Histoire