La Nouvelle Revue d'Histoire : "L'histoire à l'endroit". Fondée en 2002 par Dominique Venner et dirigée par Philippe Conrad.

La confrontation entre Russie et Occident est abordée par Martin Malia à travers une double histoire. Celle des idées depuis la Renaissance et celle des faits politiques.

Russie

L’Occident et l’énigme russe

Source : La Nouvelle Revue d’Histoire n°5, mars-avril 2003. Pour retrouver ce numéro, rendez-vous sur la e-boutique en cliquant ici.

L’auteur croit à une évolution inéluctable vers la société américanomorphe. C’est le point faible de ce grand livre.

Professeur émérite à l’université de Berkeley, Martin Malia est l’un des meilleurs spécialistes de l’histoire politique et intellectuelle de la Russie. Ses ouvrages sur la révolution russe et le communisme peuvent être lus avec le plus grand profit. Dans ce nouveau livre, il entend élucider un mystère de l’histoire russe, sa confrontation avec l’Occident vécue comme un défi permanent depuis Pierre le Grand. Parallèlement, il examine l’évolution du regard que l’Europe a porté sur la Russie comme civilisation et comme puissance.

L’Occident et l’énigme russe. Par Martin Malia

L’Occident et l’énigme russe. Par Martin Malia

Il montre que l’on s’est abusé souvent, les Européens interprétant la Russie moins pour elle-même qu’au gré de leurs fantasmes. « Les périodes où la Russie se montrait raisonnable n’étaient pas nécessairement celles où l’Occident la regardait d’un regard plus doux. » Voltaire dressait le panégyrique d’une Catherine II pourtant conquérante vorace, tandis que la gauche européenne des années 1840 éprouvait une terreur panique pour Nicolas Ier, pourtant partisan du statu quo en Europe.

La confrontation entre Russie et Occident est abordée à travers une double histoire. Celle des idées depuis la Renaissance et celle des faits politiques. Nourrie par une vaste culture, servie par une plume limpide, cette double fresque s’impose peu à peu comme le film d’une évolution historique monolinéaire. Son issue nécessaire serait la société individualiste et démocratique à l’américaine.

C’est en quoi la thèse est critiquable. Elle prend trop le résultat provisoire que nous avons sous les yeux pour le fruit d’un inévitable déterminisme, sans tenir compte des hasards qui en ont décidé. La révolution bolchevique de 1917 n’était pas plus une nécessité que la défaite des empires centraux en 1918. Imaginons un instant une issue différente, c’est toute l’histoire des sociétés européennes au XXe siècle qui aurait été modifiée. Ces réserves faites, on lira l’ouvrage de Martin Malia comme l’un des plus stimulants pour réfléchir sur notre temps.

Dominique Venner

À propos de

L’Occident et l’énigme russe. Par Martin Malia, Le Seuil, 540 pages, 26 €

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