La Nouvelle Revue d'Histoire : "L'histoire à l'endroit". Fondée en 2002 par Dominique Venner et dirigée par Philippe Conrad.

En quatre-vingt brefs chapitres se rapportant à la vie, à l’époque et à l’action de son héros, François Bluche dépouille peu à peu l’Homme Rouge de sa légende terrible pour cerner la vérité du personnage.

Richelieu revisité

Richelieu revisité

Source : La Nouvelle Revue d’Histoire n°9, novembre-décembre 2003. Pour retrouver ce numéro, rendez-vous sur la e-boutique en cliquant ici.

Ce portrait fouillé, conduit au galop, dépouille l’Homme Rouge de sa légende terrible.

« Il aimait la gloire beaucoup plus que la morale ne le permet ». Dans cette pointe, on aura reconnu la plume acérée de Retz à laquelle François Bluche ne se rallie que partiellement dans les 450 et quelque pages qu’il accorde au grand cardinal. Plus un portrait qu’une biographie. Ce que l’on perd en continuité linéaire, on le gagne en agrément.

Richelieu. Par François Bluche

Richelieu. Par François Bluche

Bluche est l’un de ces trop rares historiens qui ignorent l’art d’ennuyer. Le biographe incontesté de Louis XIV sait masquer son érudition derrière une apparente légèreté. Dans ce gros essai conduit au galop, il rappelle bien entendu l’œuvre du grand politique, l’indépendance du pays acquise au détriment de Vienne et de Madrid, l’unité du royaume obtenue en écrasant les Grands et le parti huguenot. Mais Bluche va au-delà. En quatre-vingt brefs chapitres se rapportant à la vie, à l’époque et à l’action de son héros, il dépouille peu à peu l’Homme Rouge de sa légende terrible pour cerner la vérité du personnage.

Richelieu tenait à la noblesse d’épée par son père et à la bourgeoisie cossue par sa mère. « Gentilhomme, il sait ce que signifie le point d’honneur, l’attrait des combats, la fidélité, la guerre, les duels » qu’il tente vainement d’interdire. Intelligence vive, trop, au gré de Louis XIII qui ne l’aime pas, mais s’en accommode tant le ministre est irremplaçable. Intelligence souple, précise Bluche, apte à l’analyse comme à la synthèse, associée à une faculté rare de prendre son parti et de s’y tenir. Le cardinal est un intellectuel pourvu de toutes les facultés de l’homme d’action, y compris l’ingratitude (à l’égard de Marie de Médicis). Cet émotif est aussi terriblement rancunier. L’orgueilleux qui sait parler aux hommes est comme un enfant devant les femmes qui l’intimident.

Ambitieux à l’extrême, pratiquant le népotisme sans vergogne, il aime le faste au point de faire de l’ombre au roi lui-même. Quant au chrétien, Bluche semble donner raison à Retz qui décoche ce trait perfide : « Il avait assez de religion pour ce monde ».

Charles Vaugeois

À propos de

Richelieu. Par François Bluche, Perrin, 470 p., 23 €

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