La Nouvelle Revue d'Histoire : "L'histoire à l'endroit". Fondée en 2002 par Dominique Venner et dirigée par Philippe Conrad.

Quel fut le sens de cette nouvelle guerre de Trente Ans (1914-1945) qui fut à bien des égards une guerre de religion dans la mesure où les idéologies s’apparentent à des religions ?

Une guerre de Trente Ans. Éditorial et sommaire du n°45 (mai-juin 2005)

Éditorial et sommaire du n°18 (mai-juin 2005)

Une guerre de Trente Ans

En août 1940, peu après la défaite française, Pierre Laval déclare à Paul Morand qui rentre de Londres : « L’Angleterre a fait son temps. Quoi qu’il advienne, elle perdra son empire. […] Elle n’a pas voulu partager le monde avec l’Allemagne et le monde est sur le point de lui échapper. […] L’empire britannique deviendra un empire américain (1). » Ce n’était pas mal vu.

Quarante ans seulement s’étaient écoulés depuis la première année du siècle. Au regard de l’histoire, ces quarante années pèsent d’un poids démesuré. Le XXe siècle s’était ouvert sur la promesse d’une hégémonie européenne sans partage (2). Rien n’illustre mieux cette certitude que la conquête de Pékin, à l’été 1900, par une petite armée européenne commandée par un général allemand.

Qui aurait pu imaginer que, moins d’un demi-siècle après, ravagée par deux guerres mondiales, l’Europe se retrouverait divisée et impuissante, gouvernée ici par des commissaires soviétiques, là par les sénateurs américains (3) ?

Quel fut le sens de cette nouvelle guerre de Trente Ans (1914-1945) qui fut à bien des égards une guerre de religion dans la mesure où les idéologies s’apparentent à des religions ? S’impose d’abord l’interprétation des vainqueurs, une interprétation idéologique et morale, désignant des « bons » parfaitement bons et des « méchants » vraiment très méchants. Mais ce n’est qu’une interprétation que corrigera une nouvelle époque dans laquelle nous commençons à entrer. Méditant sur le premier conflit européen en relisant Thucydide, Albert Thibaudet vit dans la guerre du Péloponnèse une préfiguration de ce que vivait l’Europe de son temps. Encore son étude, écrite à l’arrière des tranchées à partir de 1917 fut-elle publiée en 1922, avant que n’intervienne la suite du conflit. Agrégé d’histoire et de géographie, philosophe et critique littéraire, Albert Thibaudet (1874-1936) était un esprit universel. Il savait qu’en dépit des masques utilisés par les puissances pour leur justification, l’histoire n’est pas soumise à la morale. Fille de l’énergie et de la force, elle est écrite par les peuples aptes à s’imposer. Il voit que 1914 répète – 431. La guerre du Péloponnèse est née de la mise en présence de deux systèmes d’alliance ordonnés autour de la puissance financière et maritime d’Athènes et de la puissance terrienne et continentale de Sparte. Implicitement, Thucydide a formulé une loi qui gouverne aussi les guerres modernes : « La tête d’une coalition est constituée nécessairement par la plus grande puissance financière et maritime, même si elle n’est pas la plus grande puissance politique : la petite Hollande contre Louis XIV, l’Angleterre à la tête des coalitions contre la France en 1793 et l’Allemagne de 1914 (4). » S’il avait vécu, Thibaudet aurait ajouté 1939, sachant que l’Angleterre allait être bientôt supplantée dans son rôle par les États-Unis.

La coalition de 1914 s’effectua contre la puissance centrale européenne qui avait émergé dans le dernier tiers du XIXe siècle. Aucune autre ne connut un tel développement économique et une telle fécondité dans l’art (musique), la science et la philosophie. Tout annonçait pour elle une destinée d’exception. C’est alors qu’elle s’est heurtée à la puissance maritime anglo-américaine alliée à la puissance soviétique.

Après l’échec des anciennes élites allemandes en 1918, la relève fut prise à partir de 1933 par de nouvelles élites sorties de la plèbe et de la boue des tranchées. Dans leur effort cyclopéen et leur stratégie aussi brutale que maladroite, elles ont échoué à leur tour, mais de façon beaucoup plus définitive que les précédentes. De l’Europe, il ne restait plus que les ruines de son ancienne civilisation, tandis que s’imposait la domination sans partage de ses ennemis, atteints eux aussi, plus tard, par leurs propres ferments de décomposition.

Dominique Venner

Notes

  1. Témoignage de Paul Morand, La Vie de la France sous l’Occupation, Hoover Institution, t. III, p. 336.
  2. On peut se reporter sur ce point à notre dossier Le monde de 1914, dans notre n° 14, sept.-oct. 2004.
  3. Le mot est de Raymond Aron dans Dimensions de la conscience historique, Plon, Paris, 1961.
  4. Albert Thibaudet, La Campagne avec Thucydide. Introduction à l’édition de Thucydide, La Guerre du Péloponnèse, traduction de Jacqueline de Romilly, Éd. Robert Laffont/Bouquins, Paris, 1990.
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