La Nouvelle Revue d'Histoire : "L'histoire à l'endroit". Fondée en 2002 par Dominique Venner et dirigée par Philippe Conrad.

Évêque de Rome, le pape s’est imposé, au fil des siècles, comme le chef d’une Église catholique s’affirmant romaine. D’où l’incongruité que peut représenter l’installation durable de la papauté, au XIVe siècle, hors de Rome, loin de Rome. Précisément, à Avignon.

Les Papes d’Avignon

Les Papes d’Avignon

Source : La Nouvelle Revue d’Histoire n°28, janvier-février 2007. Pour retrouver ce numéro, rendez-vous sur la e-boutique en cliquant ici.

Jean Favier offre une perspective nouvelle à un sujet apparemment incongru : l’installation durable de la papauté loin de Rome, à Avignon.

Les Papes d’Avignon. Par Jean Favier

Les Papes d’Avignon. Par Jean Favier

Membre de l’Institut, après avoir enseigné l’histoire du Moyen Âge à la Sorbonne et présidé aux destinées de la Bibliothèque nationale, Jean Favier est l’auteur, entre autres, d’un Dictionnaire de la France médiévale qui est un précieux instrument de travail ou encore d’un François Villon, stimulante rencontre entre l’histoire et la littérature. Avec Les Papes d’Avignon, il offre aujourd’hui une perspective nouvelle sur un sujet déjà exploré par les travaux d’Yves Renouard et de Bernard Guillemain.
Évêque de Rome, le pape s’est imposé, au fil des siècles, comme le chef d’une Église catholique s’affirmant romaine. D’où l’incongruité que peut représenter l’installation durable de la papauté, au XIVe siècle, hors de Rome, loin de Rome. Précisément, à Avignon.

Pourquoi Avignon ? Élu pape le 5 juin 1305, avec l’appui du roi de France Philippe le Bel, l’archevêque de Bordeaux Bertrand de Got, un Gascon, a pris le nom de Clément V. Logiquement, il devrait aller se faire couronner à Rome. Mais ce qu’il sait de l’imbroglio italien – luttes de clans et règlements de comptes entre factions au sein des villes, y compris Rome – l’en dissuade d’autant plus qu’il est de nature timorée. Il envisage donc que le couronnement ait lieu à Vienne, au bord du Rhône, en terre d’Empire. Mais Philippe le Bel ne l’entend pas ainsi. Le couronnement a donc lieu, en sa présence, à Lyon, qu’il contrôle depuis 1292.

Le nouveau pape pratique un népotisme sans complexe : parmi les nouveaux cardinaux qu’il choisit, il y a sept Gascons, dont cinq neveux et cousins. Pour la première fois, la majorité du Sacré Collège échappe aux Italiens. De plus Clément V ne manifeste aucune envie de s’installer en Italie, préférant séjourner à Bordeaux et en Poitou. C’est là que Philippe le Bel vient lui enjoindre de condamner les Templiers, arrêtés par les hommes du roi car accusés d’être « hérétiques ».

Pour échapper à la pression capétienne, le pape annonce que l’affaire du Temple sera examinée par le concile qu’il convoque à Vienne, pour octobre 1310. Pour s’y préparer, Clément V s’installe à Avignon le 9 mars 1309. La ville dépend de son vassal Charles II d’Anjou. Cette installation temporaire va durer 69 ans. Elle sera l’occasion, pour la papauté, de se doter d’une lourde mais efficace administration, drainant de larges ressources financières. La cour pontificale, agitée par les intrigues politiques, est aussi un lieu de haute culture, annonçant la floraison artistique de la Renaissance.

La plume acérée de Favier dessine une belle galerie de portraits : « Jean XXII impétueux […] un pieux Benoît XII porté à l’autoritarisme, voire à la violence, un Clément VI attaché au prestige […] un Urbain V au faible entendement politique mais à la constante sérénité, un Grégoire XI capable de se battre sur tous les fronts ».

La dimension la plus novatrice du livre de Favier réside dans son découpage : après une deuxième partie « Les Papes à Avignon » vient une troisième, « Les Papes d’Avignon ». La nuance a son importance : à partir du Grand Schisme (1378) et pendant quarante ans l’Église a à sa tête deux papes concurrents, l’un siégeant à Avignon l’autre à Rome. Cette dernière phase de l’histoire de la papauté avignonnaise n’est pas la moins passionnante.

Bernard Fontaine

À propos de

Les Papes d’Avignon. Par Jean Favier, Fayard, 826 p., 27 €

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