La Nouvelle Revue d'Histoire : "L'histoire à l'endroit". Fondée en 2002 par Dominique Venner et dirigée par Philippe Conrad.

Le grand intérêt du livre d’Yves Laissus est d’attirer l’attention sur la pensée très riche de Buffon, qui ne fut pas seulement un grand naturaliste mais aussi un philosophe.

Buffon, la nature en majesté

Buffon, la nature en majesté

Source : La Nouvelle Revue d’Histoire n°31, juillet-août 2007. Pour retrouver ce numéro, rendez-vous sur la e-boutique en cliquant ici.

Dans la collection « Découvertes Gallimard », toujours remarquablement illustrée, Yves Laissus, ancien directeur de la bibliothèque du Muséum d’histoire naturelle, publie une passionnante biographie de Buffon, révélant toute une part méconnue d’un personnage assez extraordinaire.

Buffon, la nature en majesté

Buffon, la nature en majesté

Le futur naturaliste naquit le 7 septembre 1707 dans une famille de la bourgeoisie bourguignonne. Élève moyen, il ne brilla qu’en mathématiques. À sa sortie du collège, il entama des études de droit qu’il abandonna pour se consacrer à des travaux de mathématiques.

En 1733, âgé de 26 ans, il présente à l’Académie des sciences un mémoire relatif au calcul des probabilités. Ayant été favorablement remarqué, il devient membre de cette académie quelques mois plus tard. Mais, dès ce moment, il se tourne vers l’étude de la nature. Esprit multiple, il est autant homme d’étude et d’action que de relations. Distingué par Maurepas, secrétaire d’État à la Marine de Louis XV, en charge de l’Académie des sciences et du Jardin royal des plantes, il devient son protégé. À sa demande, Buffon étudie les meilleures méthodes pour semer ou planter des arbres destinés à la construction navale. Le jeune savant, note son biographe, se « conduit en exploitant, on dirait aujourd’hui en sylviculteur, plus qu’en botaniste. En travaillant avec des bûcherons, il vérifie la valeur des recettes traditionnelles, il connaît la littérature qui traite des forêts mais c’est d’abord l’observation et l’expérimentation qui le guident ». En moins de cinq ans, le jeune homme brûle toutes les étapes, entamant la plus brillante des ascensions. À 31 ans, le 26 juillet 1739, il est nommé par Louis XV intendant du Jardin et du Cabinet d’histoire naturelle. C’est l’un des principaux établissements scientifiques de la France d’Ancien Régime. Pendant cinquante ans, jusqu’à sa mort en 1788, il en assumera la direction.

Le grand intérêt du livre d’Yves Laissus est d’attirer l’attention sur la pensée très riche de Buffon, qui ne fut pas seulement un grand naturaliste mais aussi un philosophe. Certes, il ne faisait pas partie du clan des Philosophes. S’il partageait leur scepticisme religieux, il en était très éloigné politiquement. Comme le remarque Yves Laissus « Buffon est conservateur. Il ne conteste nullement cette société qui a fait de lui un grand seigneur ». Esprit concret, il est hostile à toute métaphysique, se montrant en cela proche des empiristes anglais. En 1749, il écrit de façon révélatrice dans la préface de son Histoire naturelle : « Il faut pour aborder convenablement la nature, écarter le modèle mathématique inapte à traduire la réalité concrète dans sa complexité, abandonner tous les dogmes, les préjugés, les opinions reçues, car ce n’est point en resserrant la sphère de la nature qu’on pourra la connaître […]. Il faut ne rien voir d’impossible et s’attendre à tout. »

Pauline Lecomte

À propos de

Buffon. La nature en majesté. Par Yves Laissus, Découvertes Gallimard, 127 p., 12,30 €

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