La Nouvelle Revue d'Histoire : "L'histoire à l'endroit". Fondée en 2002 par Dominique Venner et dirigée par Philippe Conrad.

Thierry Lentz s’impose désormais comme l’historien vivant le plus productif de la période napoléonienne.

Napoleon

Nouvelle Histoire du Premier Empire

Source : La Nouvelle Revue d’Histoire n°33, novembre-décembre 2007. Pour retrouver ce numéro, rendez-vous sur la e-boutique en cliquant ici.

Avec ce gros volume (t.3, La France et l’Europe de Napoléon 1804-1814), Thierry Lentz poursuit une entreprise considérable qui devrait s’achever par un quatrième tome traitant des Cent-Jours.

En préambule, il avait déjà écrit un 18 Brumaire (1997) et un Grand Consulat, 1799-1804 (1999). C’est dire si cet auteur s’impose désormais comme l’historien vivant le plus productif (de loin) de la période napoléonienne.

Nouvelle Histoire du Premier Empire

Nouvelle Histoire du Premier Empire

Avec Lentz, cette période majeure de l’histoire européenne sort définitivement de l’ornière dans laquelle s’était embourbée une historiographie bavarde, complaisante, voire hagiographique. Aujourd’hui, cette « napoléonâtrie » n’est plus qu’un fonds de commerce tenu par des auteurs aussi superficiels que mondains.

En fait, le nouvel élan de l’historiographie napoléonienne remonte à Jean Tulard qui, dès les années soixante-dix, a su inspirer, à la Sorbonne, tout un courant de recherche dont Lentz, comme d’autres cadets de Tulard (Bourdon, Frédéric Bluche, Gotteri, Bertaud, Petiteau…) a beaucoup profité. Tulard est de ces historiens qui ont le génie de la synthèse, riche et cursive à la fois, servie par une érudition authentique, juste et légère. Tout l’esprit de grands essayistes comme Jacques Bainville et surtout Pierre Gaxotte.

Le travail de Lentz est d’une autre veine, plus didactique. Ce troisième volume met en évidence la glane documentaire qu’il a su réunir pour livrer un corps de texte très dru, un brin austère. Il faut donc le lire comme un manuel pour y trouver toutes les informations que jusque-là on s’épuisait à rechercher dans des dizaines d’ouvrages. Lentz n’a peut-être pas tout lu mais il sait tirer le meilleur parti d’une somme d’informations considérable. Alors que l’analyse des leviers et des courroies d’un pouvoir radicalement autoritaire est longuement menée l’« esquisse de la société française » (qui fait tout de même deux cents pages) se révèle particulièrement pertinente. La dimension européenne, les faits de soumission et de résistance à l’emprise impériale, déjà fortement traités dans les deux premiers volumes, sont repris ici dans une analyse « transversale » qui aide à leur intelligence. Les « éléments de conclusion » sont sans doute un peu brefs mais on les imagine déjà repris et amplifiés dans le volume final.

Au total, l’auteur nous fait accéder à un outil de travail complet, très opératoire et qui devrait le rester pour longtemps.

Jean-Joël Brégeon

À propos de

Nouvelle Histoire du Premier Empire. III. La France et l’Europe de Napoléon (1804-1814). Par Thierry Lentz, Fayard, 835 p., 30 €

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