La Nouvelle Revue d'Histoire : "L'histoire à l'endroit". Fondée en 2002 par Dominique Venner et dirigée par Philippe Conrad.

Dépouillés de leurs biens, menacés dans leur existence, les émigrés ne sont partis qu’à contrecœur, pleurant le pays qu’ils fuyaient, pleins de préjugés à l’égard de ceux qui les accueillaient avec un mélange de générosité et de méfiance.

Histoire de l’Émigration, 1789-1814

Histoire de l’Émigration, 1789-1814

Source : La Nouvelle Revue d’Histoire n°34, janvier-février 2008. Pour retrouver ce numéro, rendez-vous sur la e-boutique en cliquant ici.

De 1789 à 1814, 300 000 nobles, bourgeois ou ecclésiastiques furent contraints de fuir la France révolutionnaire. Histoire d’une tragédie.

Grand et passionnant classique devenu introuvable, seul ouvrage de référence sur le sujet, le voici disponible en version de poche. Ghislain de Diesbach rappelle tout d’abord que, de 1789 à 1814, près de trois cent mille nobles, bourgeois et ecclésiastiques ont été contraints de fuir la France de la Révolution et de Napoléon. Dépouillés de leurs biens, menacés dans leur existence, ces gens ne sont partis qu’à contrecœur, pleurant le pays qu’ils fuyaient, pleins de préjugés à l’égard de ceux qui les accueillaient avec un mélange de générosité et de méfiance.

Histoire de l’Émigration, 1789-1814

Histoire de l’Émigration, 1789-1814

S’appuyant sur une masse considérable de Mémoires, lettres et journaux intimes, Ghislain de Diesbach a reconstitué la vie de toutes les petites communautés françaises éparpillées de Bruxelles à Coblence, de Naples à Pétersbourg. Les destinées qu’il reconstitue sont, tour à tour, tragiques ou comiques. Contrainte soudainement de se livrer aux métiers les plus humbles ou saugrenus pour survivre, la noblesse se découvre de multiples talents cachés. On pense au baron de Champcenetz qui amasse une véritable fortune en allant assaisonner la salade à domicile dans les meilleures maisons de Londres. Malgré une effroyable misère, l’esprit des salons n’avait pas disparu. Les dames de l’aristocratie, après une journée harassante de travaux d’aiguille, se faisaient belles pour se retrouver chez l’une d’elles et ressusciter l’ancien esprit qui ne voulait pas périr.

Deux destins attirent particulièrement l’attention par leur grandeur. Le prince de Condé avait organisé à Coblence l’armée qui portait son nom. Il ne cessa de batailler pour faire reconnaître ses volontaires venus de toutes les classes sociales. « Cet homme d’un caractère froid, mais d’un cœur bon, se montre infiniment plus pitoyable à la misère humaine que les généraux de son temps. Pour ses compagnons, il se résout à faire ce qu’il ne ferait pas pour lui-même : il mendie des secours, il persécute les cabinets de Londres et de Vienne et ne se laisse jamais rebuter. » Sa maîtresse, qui n’était pas en reste d’héroïsme, sacrifia sa rivière de diamants pour nourrir l’armée. Autre grande figure, celle du duc de Richelieu qui se vit confier par le tsar la tâche de créer Odessa. De la terre ingrate de Crimée, il fit un royaume enchanté. « Il l’a véritablement remodelé d’une manière qui annonce celle des colonisateurs du XIXe siècle, de ces hommes pour lesquels aucun territoire, si vaste soit-il, n’est jamais à la mesure de leur ambition ou de leur rêve. »

L’historien souligne avec humour que la noblesse française, gagnée avant la Révolution par le goût débridé de l’universel, rentra d’exil avec une indicible horreur de l’étranger. Une certaine hostilité à l’Europe, teintée d’ingratitude, des milieux contre-révolutionnaires serait née de cette traumatisante épreuve.

Pauline Lecomte

À propos de

Histoire de l’Émigration, 1789-1814. Par Ghislain de Diesbach, Perrin Tempus, 636 p., index, 12 €

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