La Nouvelle Revue d'Histoire : "L'histoire à l'endroit". Fondée en 2002 par Dominique Venner et dirigée par Philippe Conrad.

La guerre de Cent Ans est plus qu’une guerre, c’est une mutation de civilisation, qui marque le passage de la chrétienté féodale à l’Europe des nations, à travers la prise de conscience de l’identité nationale de la France et de l’Angleterre. La guerre, commencée comme un conflit féodal, se termine en affrontement national.

Azincourt

La guerre de Cent Ans. Naissance de deux nations

Source : La Nouvelle Revue d’Histoire n°35, mars-avril 2008. Pour retrouver ce numéro, rendez-vous sur la e-boutique en cliquant ici.

Le livre de Georges Minois révèle que cette interminable guerre fut beaucoup plus qu’une guerre. Ce fut une rupture dans la civilisation médiévale.

Le concept de la guerre de Cent Ans est tardif. Il date du XIXe siècle. Les contemporains n’ont jamais eu le sentiment, même à la fin, de participer à une sorte d’événement unique. Georges Minois, dont on connaît les nombreux ouvrages consacrés tout particulièrement à l’époque médiévale, commence donc par soumettre cette convention à l’examen. Il conclut à sa pertinence, tant les cent et quelques années de conflits entre France et Angleterre (1339-1453) constituent une époque, celle de changements décisifs dans l’ancienne société féodale qui en sortira bouleversée. « La guerre de Cent Ans, écrit-il, est plus qu’une guerre, c’est une mutation de civilisation, qui marque le passage de la chrétienté féodale à l’Europe des nations, à travers la prise de conscience de l’identité nationale de la France et de l’Angleterre. La guerre, commencée comme un conflit féodal, se termine en affrontement national. Loin d’être un épiphénomène politique qui glisserait sur les structures profondes du Moyen Âge, c’est un cataclysme qui a bouleversé la politique, l’économie, la société, les croyances, la culture. » Dans les trois chapitres qui concluent sa passionnante étude, Georges Minois établit un bilan de toutes ces mutations provoquées par plus d’un siècle de sauvagerie inouïe.

La guerre de Cent Ans. Naissance de deux nations

La guerre de Cent Ans. Naissance de deux nations

Les grandes mutations de la période étaient annoncées par un ébranlement de l’ancienne chrétienté depuis le début du XIVe siècle. La tête elle-même était atteinte. Livré aux combats de factions rivales, Rome n’était plus le siège de la papauté. À partir de 1309, celle-ci avait dû se réfugier en Avignon. Dès ce moment, l’autorité du pape recule devant celle des souverains. Cet ébranlement avait été annoncé par le terrible affrontement entre Boniface VIII et Philippe le Bel, lequel en était sorti vainqueur. L’empereur, à son tour, s’était émancipé. Réunis en 1338, les princes électeurs du Saint Empire proclamèrent que l’empereur (roi des Romains) n’avait pas besoin de la confirmation papale pour exercer son pouvoir.

Georges Minois ajoute que, depuis le XIIe siècle, l’équilibre féodal européen repose sur les royaumes de France et d’Angleterre. Ce n’est donc pas un hasard si le conflit surgit entre ces deux puissances rivales, opposées depuis la conquête de Guillaume de Normandie en 1066. Leur rivalité armée a coïncidé avec la grande aventure des Croisades qui en fut une sorte de complément. Après l’échec de la dernière tentative de croisade par Edouard Ier en 1293, les deux royaumes pouvaient consacrer toutes leurs forces à se combattre.

Sous l’effet de l’histoire enseignée depuis le XIXe siècle, la mémoire collective a identifié la guerre à quelques noms emblématiques : Crécy, Poitiers, Azincourt, la Peste noire, Étienne Marcel, Charles V le Sage, Pierre le Cruel, le Prince Noir, Du Guesclin, Charles VI et Isabeau de Bavière, Jeanne d’Arc, Talbot… Sous la plume limpide de Georges Minois, batailles, événements et personnages de premier rang prennent place bien entendu, mais avec un grand luxe de faits et de réflexion qui concourent à une histoire totale.

En conclusion, l’auteur souligne que la guerre a jeté en France et en Angleterre les bases de deux régimes politiques qui orienteront leur histoire respective pour les siècles à venir. Charles VII a construit sa victoire sur les ruines de la noblesse française. À l’inverse, en Angleterre, les victoires ont enrichi et renforcé la grande aristocratie qui devient l’acteur majeur du Parlement au côté des Communes. Au despotisme royal qui s’édifie en France répond la monarchie mixte qui affirmera sa durée en Angleterre.

Dominique Venner

À propos de

La guerre de Cent Ans. Naissance de deux nations. Par Georges Minois, Perrin, 660 p., 26 €

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