La Nouvelle Revue d'Histoire : "L'histoire à l'endroit". Fondée en 2002 par Dominique Venner et dirigée par Philippe Conrad.

Normalien, germaniste, professeur de littérature comparée, traducteur de Nietzsche et de Heidegger, Julien Hervier fut le confident d’Ernst Jünger. Le portrait qu'il dresse de Jünger dans cet entretien restera un document de première grandeur sur un esprit énigmatique et noble, témoin privilégié du siècle écoulé.

Entretien avec Julien Hervier

Entretien avec Julien Hervier

Source : La Nouvelle Revue d’Histoire n°36, mai-juin 2008. Pour retrouver ce numéro, rendez-vous sur la e-boutique en cliquant ici.

Normalien, germaniste, professeur de littérature comparée, traducteur de Nietzsche et de Heidegger, Julien Hervier fut le confident d’Ernst Jünger. Le portrait qu’il dresse de Jünger dans cet entretien restera un document de première grandeur sur un esprit énigmatique et noble, témoin privilégié du siècle écoulé.

La Nouvelle Revue d’Histoire : Dans votre histoire personnelle et familiale, pensez-vous que quelque chose a contribué à l’intérêt tout particulier que vous avez porté à Ernst Jünger ?

Julien Hervier : Mon père est mort en 1939 alors que j’avais trois ans. Il était né la même année que Jünger. Engagé volontaire comme lui pendant la Première Guerre mondiale, il fut très grièvement blessé et opéré en urgence sur le champ de bataille : on l’amputa du bras droit, sans rétablir comme il aurait fallu la circulation du sang. Il mourut plus tard des séquelles de ses blessures à l’âge de quarante ans. Ma mère se retrouva seule avec deux petits garçons à la veille d’une nouvelle guerre. La catastrophe personnelle se mêlait à celle de l’Histoire. J’ajoute que ma mère avait perdu ses deux frères, tout jeunes eux aussi, dès les premiers jours de la guerre de 1914.

J’eus très vite conscience que la Première Guerre mondiale avait été une catastrophe absolue pour l’Europe. Sans parler des pertes humaines irréparables, les Européens s’étaient placés en état de vassalité par rapport aux grands empires qui les entouraient. Je percevais donc cette guerre comme une chose épouvantable sur laquelle il fallait réfléchir. D’où mon attrait et mon effroi face à l’œuvre de Jünger.

NRH : De quand date votre intérêt pour la culture allemande ?

JH : Toute ma jeunesse, j’ai été fasciné par la littérature et la musique allemandes. Enfant, je passais beaucoup de temps à écouter des disques de Schubert et de Beethoven qui me venaient de mon père. Par la suite, à onze ou douze ans, je découvris dans une bibliothèque une anthologie de la poésie allemande où figuraient des fragments de Nietzsche, notamment des passages de Zarathoustra auxquels je ne compris rien, mais qui me fascinèrent par leur beauté.

NRH : Que votre père soit mort des suites de blessures de guerre aurait pu troubler votre attrait pour le monde germanique ?

JH : Ce trouble existe toujours. J’éprouve une grande admiration pour l’Allemagne, mais aussi un reste de méfiance profonde. Mon père avait transmis à ma mère l’idée qu’il fallait connaître ses ennemis et qu’il fallait donc apprendre l’allemand. De plus, déjà à l’époque de mes études, les classes d’allemand en première langue étaient considérées comme excellentes, du fait de la difficulté de la langue. Ce fut une raison supplémentaire pour m’y inscrire.

NRH : Lors de vos études, des professeurs ont-ils influencé votre itinéraire intellectuel ?

JH : En effet. Lors de mes études au lycée Condorcet, où je préparais le concours d’entrée à l’École normale supérieure, j’eus la chance d’avoir un très grand professeur de philosophie, Jean Beaufret, qui fut, entre autres, l’introducteur de Heidegger en France. L’intérêt que j’avais déjà pour la philosophie allemande se renforça profondément à son contact. Ce fut une rencontre essentielle.

Jean Beaufret me fit comprendre la nécessité de maîtriser un langage philosophique complexe pour exprimer des notions relevant d’une spécificité aussi exigeante que celle des sciences dures. Sans cette compréhension, j’aurais peut-être été rebuté comme bien des Français par la philosophie de Heidegger, pensant qu’elle usait d’une langue hermétique et prétentieuse destinée à quelques initiés. J’ai compris qu’il ne s’agissait pas d’un artifice recherchant une difficulté apparente pour cacher l’absence de profondeur. J’ai senti que cela valait la peine de se donner du mal pour comprendre la philosophie allemande dans ses plus hauts sommets.

NRH : Quel type de professeur était Jean Beaufret ?

JH : Jean Beaufret était un homme exceptionnel qui entretenait des rapports chaleureux avec ses étudiants. La khâgne du lycée Condorcet était petite : nous n’étions pas nombreux, ce qui favorisait les rapports entre professeurs et élèves. Beaufret était généreux de son temps. Il n’hésitait pas à passer deux heures dans un café avec ses élèves après les cours. Dans mon cas, son soutien fut essentiel car je n’avais aucune relation familiale dans le monde intellectuel. Il m’a ouvert les portes d’un univers qui m’était étranger. Alors que j’étais encore jeune, je lui dois notamment d’avoir été recommandé auprès des éditions Gallimard pour traduire Aurore de Nietzsche et, par la suite, Les Fragments posthumes.

NRH : Comment se déroulaient les cours de Jean Beaufret ?

JH : C’était un conteur d’une immense drôlerie. Il initiait ses élèves à la philosophie de Heidegger de manière indirecte. Il savait que c’était une pensée extrêmement difficile à aborder de front. Il faisait donc des cours heideggériens sur les auteurs au programme. Il s’appuyait sur les nombreux commentaires de Heidegger pour étudier les présocratiques, mais aussi Kant ou Nietzsche.

NRH : Après la khâgne de Condorcet, comment se sont enchaînées vos études, puis votre carrière universitaire ?

JH : J’ai été reçu à l’École normale supérieure et envoyé pour un an à Francfort, puis un an à Berlin où j’ai été lecteur à l’Université libre, juste avant la construction du Mur. Ensuite, j’ai passé l’agrégation de lettres modernes avec l’allemand comme spécialité. Après quoi, j’ai fait toute ma carrière à l’université de Poitiers où j’ai enseigné la littérature comparée. C’est une discipline que j’apprécie toujours car elle favorise beaucoup l’ouverture d’esprit et la disponibilité.

NRH : Votre thèse de littérature comparée était intitulée « Deux individus contre l’histoire, Pierre Drieu la Rochelle, Ernst Jünger ». À quel moment avez-vous découvert l’œuvre de Jünger ?

JH : L’idée que le progrès n’était pas quelque chose d’inéluctable et de forcément positif était déjà présente à mon esprit avant d’aborder l’œuvre de Jünger, car j’avais été marqué par la lecture de Nietzsche. Une fois ma thèse publiée chez Klincksieck en 1978, j’ai rencontré Jünger pour la première fois en 1979. Il m’avait invité à venir le voir chez lui à Wilflingen car Henri Plard, son traducteur, avait apprécié mon travail et lui en avait parlé. En général, Jünger n’avait pas le temps de lire les études qui paraissaient sur son œuvre.

Il avait quatre-vingt-trois ans, mais il donnait une impression de jeunesse étonnante. Il avait une vivacité et une prestance extraordinaires. Cela faisait partie de son charisme, et ce ne fut pas étranger à son destin.

NRH : Vous qui l’avez bien connu, était-il l’homme qu’il laissait paraître, froid, insensible, marmoréen ?

JH : Non, pas du tout. Je ne l’ai pas perçu comme quelqu’un d’insensible, mais comme un homme qui se blindait contre toutes les faiblesses et les blessures de la sensibilité. Je pense que, dès la Première Guerre mondiale, alors qu’il n’avait que dix-neuf ans au début, il fut contraint de se forger une carapace. Il suffit de penser à la promiscuité et aux conditions de vie dans les tranchées. Il ne s’agissait pas de s’apitoyer sur soi-même. Par la suite, comme il était très controversé, il s’est trouvé obligé de se construire un système de défense.

Mais quand il était en confiance, comprenant que l’on avait une sincère sympathie pour son œuvre, il devenait très amical et l’on pouvait dialoguer avec lui en toute liberté. Pour ma part, dès la première fois, il m’a reçu avec une grande gentillesse.

NRH : Et par la suite, comment ont évolué vos relations ?

JH : J’ai vraiment bien connu Jünger à partir de 1985. Il avait souhaité que je réalise tous les entretiens en Allemagne pour la radio et la télévision à l’occasion de son quatre-vingt-dixième anniversaire. Ce fut une expérience extraordinaire. Il était d’une incroyable vigueur intellectuelle. Par la suite, je suis allé le voir régulièrement en Allemagne ou à Paris chez les amis qui le recevaient. Entre-temps, j’étais devenu proche de Banine, sa biographe, et l’une de ses grandes amies. Et, aujourd’hui, je conserve toujours des relations amicales avec sa femme âgée de quatre-vingt-dix ans.

NRH : Comment Jünger a-t-il été conduit à publier ses souvenirs de combattant de 1914-1918, à commencer par Orages d’acier ?

JH : Dès le premier jour, le jeune combattant avait pris des notes sur une série de cahiers. Après le retour de la paix, son père, qui en avait pris connaissance, lui conseilla de transformer ses notes pour en faire un livre. Il hésita entre plusieurs solutions littéraires ; il imagina même d’écrire un roman de guerre, Sturm, publié en feuilleton au début de 1923 dans un journal local. Cette expérience tourna court. Dès la fin de la guerre, il avait retravaillé son Journal d’un chef de troupe de choc qui donnera naissance à Orages d’acier (1920) et fournira la matière de plusieurs autres livres : Le Combat comme expérience intérieure (1922), Le Boqueteau 125 (1924) et Feu et Sang (1925).

De tous ses livres, c’est le premier qui a le plus fortement marqué le public et qui a connu le plus grand succès. Il se présentait sous une forme proche du journal. Dans la préface à l’édition de 1924, Jünger suggérait ce qu’avait été son travail de réécriture : « Ce fut une étrange occupation, assis sur un siège confortable, que de déchiffrer les griffonnages de ces cahiers dont les couvertures étaient encore engluées de la boue séchée des tranchées et maculées de taches sombres dont je ne savais plus s’il s’agissait de sang ou de vin. J’observais que brûlait encore dans ces lignes le souffle chaud de la bataille, une sauvagerie originelle dont l’impact est plus fort et plus direct qu’un compte rendu stylisé. Entre ces feuillets et ce livre, il y a toute la distance qui sépare l’action de la littérature. » Le premier récit, Orages d’acier, fut publié à compte d’auteur grâce à l’aide du père de Jünger.

NRH : Quel fut l’accueil réservé à ces livres, notamment Orages d’acier ?

JH : En Allemagne, le succès fut tout d’abord limité au public des anciens soldats. Le milieu littéraire commença par l’ignorer. Puis des polémiques, notamment un article de Walter Benjamin datant de 1930, traitant Jünger de « théoricien du fascisme allemand », attirèrent l’attention sur lui et le firent connaître dans un milieu plus large. Jorge Luis Borges confiera beaucoup plus tard à Jünger que la lecture d’Orages d’acier, dès 1922, l’avait bouleversé : « Ce fut pour moi comme une explosion volcanique. » Une vingtaine d’années plus tard, André Gide écrit dans son Journal, le 1er décembre 1942, qu’il s’agit «  du plus beau livre de guerre [qu’il ait] jamais lu ». On estime que le tirage total des différentes éditions allemandes d’Orages d’acier atteignit le chiffre de 230 000 exemplaires en 1943. La diffusion a évidemment continué par la suite, sans compter les traductions à l’étranger, notamment en France.

NRH : Comment Ernst Jünger est-il devenu, entre 1925 et 1930, le plus célèbre auteur de la « Révolution conservatrice » ou encore du « nationalisme révolutionnaire » ?

JH : Après la défaite allemande, Jünger avait fait partie du petit nombre d’officiers auxquels on offrit de rester dans la nouvelle armée, la Reichswehr, dont les effectifs étaient limités à 100 000 hommes. Il y demeura jusqu’au 31 août 1923. L’année 1923 fut terrible pour l’Allemagne, il faut le rappeler. Ce fut celle de l’occupation de la Ruhr par l’armée française, ce qui provoqua la résistance du gouvernement et des populations ainsi qu’une complète désorganisation de l’économie, une inflation folle et une misère tragique.

Cette situation créa une sorte de climat nationaliste et révolutionnaire auquel Jünger fut sensible. Peu après, il commença d’écrire dans la presse nationaliste tout en maintenant ses distances avec le parti de Hitler. Il poursuivit ses collaborations de presse jusque vers 1930.

NRH : Comment expliquer que l’écrivain nationaliste soit devenu très tôt un opposant à Hitler ?

JH : Il semble que Jünger se soit très tôt méfié du cynisme politique du parti national-socialiste. Il désapprouvait également son antisémitisme. Peut-être faut-il ajouter qu’à partir de 1929, avec la publication de la première version de son essai Le Cœur aventureux, Jünger marqua son éloignement de la politique et même des sujets militaires qui avaient fait jusque-là son succès. Ce livre témoigne surtout de ses préoccupations littéraires et philosophiques.

Mais on peut dire que la rupture définitive avec les anciennes tentations politiques s’exprime surtout dans le roman allégorique Sur les falaises de marbre, publié juste avant la déclaration de guerre en 1939.

NRH : Le lecteur d’aujourd’hui ne peut qu’être surpris par le ton extrêmement différent des écrits de jeunesse et des Journaux de la Seconde Guerre mondiale.

JH : Il est vrai qu’aux yeux de certains lecteurs Jünger fait toujours figure d’apologiste du militarisme prussien alors qu’il n’a pas cessé d’évoluer. Risque-tout héroïque ayant reçu quatorze blessures pendant la Première Guerre mondiale, il a terminé son existence en figure emblématique de la sagesse goethéenne, entouré de chats, de livres et de collections d’insectes, plus écologiste parfois que les Verts. Et pourtant, il fut toujours soucieux de ne pas renier ses enthousiasmes de jeunesse. Certaines pages des Journaux de la Seconde Guerre mondiale pourraient laisser supposer que Jünger est devenu plus sensible à une vision compassionnelle qu’à l’héroïsme de sa jeunesse. En réalité, il semble bien que, dans le regard mythique de Jünger, la guerre telle qu’il l’a vécue à deux reprises ne constitue qu’une modalité particulière de la guerre éternelle.

Pour lui, l’univers repose sur une dialectique de la vie et de la mort où la création naît de la destruction. L’homme s’y révèle tel qu’il est dans la puissance de ses instincts destructeurs, illusoirement masqués par un vernis de civilisation. Cinquante ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, le vieil écrivain prophétisera qu’aux grands affrontements entre peuples qui déchirèrent le XXe siècle succédera une guerre civile à l’échelle mondiale. Dans une certaine mesure, il ne cessera de s’identifier à l’essence agonique du monde.

NRH : Vous rappelez que, pendant la Première Guerre mondiale, Jünger, en nietzschéen convaincu, était franchement athée. Par la suite, notamment pendant la Seconde Guerre mondiale, on sait qu’il lisait la Bible et se rapprocha du christianisme. Qu’en est-il de cette évolution ?

JH : L’importance accordée à la Bible et l’orientation chrétienne, au moins sur le plan moral, des Journaux de la Seconde Guerre mondiale font d’autant mieux ressortir que, dans les premiers écrits, il n’est pratiquement pas question de Dieu, auquel le héros ne songe pas à adresser ses prières. Dans ses moments d’exaltation, le narrateur semble se fondre dans une immense unité cosmique sans rapport avec les représentations chrétiennes. Il se garde d’ailleurs de toute hypothèse sur un éventuel « autre monde ».

NRH : Pourtant, peu avant sa mort, l’écrivain ne s’est-il pas converti au catholicisme ?

JH : Jünger a toujours eu le désir de vivre en accord avec les rites de son pays. Il pensait donc nécessaire d’adopter la religion de sa communauté. Or, la Souabe où il vivait depuis longtemps est catholique. De plus, la législation allemande impose de déclarer la confession dans laquelle on veut être enterré. C’est l’une des motivations de sa conversion tardive, afin que ses funérailles soient célébrées dans le rite des gens de son village.

NRH : Si un étudiant vous demandait de résumer en quelques mots la vision du monde d’Ernst Jünger, que diriez-vous ?

JH : En résumant les choses à l’extrême, on peut d’abord remarquer que sa vision des choses est a-historique, bien qu’il se soit toujours beaucoup intéressé à l’Histoire, mais il ne croit pas que celle-ci soit « orientée », comme le pensaient Bossuet ou Hegel. Il ne croit pas non plus à une valeur irréversible des événements. Il croit que l’histoire se répète inlassablement et que le mythe en est l’expression.

D’une façon plus générale, son approche du monde est liée au sensible sous toutes ses formes, même si dans l’immanence se révèle une transcendance. Son attitude profonde est celle de l’émerveillement devant un monde dangereux et beau. Il éprouve de la gratitude envers la nature, la multiplicité, la fécondité de ce qui est. Mais ce qui frappe dans sa pensée, c’est qu’il ne théorise pas. C’est toujours à partir du concret que s’amorce le passage à une dimension autre.

NRH : Quel est l’apport des deux volumes de La Pléiade par rapport aux textes déjà disponibles en librairie ?

JH : Le principe des éditions de La Pléiade est de réviser attentivement toutes les traductions antérieures, même de grande qualité. J’ai revu ainsi les traductions de Maurice Betz ou d’Henri Plard et Frédéric de Towarnicki. Les miennes, dans le cas du Boqueteau 125 et de Feu et Sang ont été revues par François Poncet. D’autre part, ce que l’on appelle l’appareil critique est important. On y trouvera de longues variantes et des préfaces inédites en français. J’ai rédigé les introductions aux œuvres afin de les replacer dans leur contexte. S’ajoutent à cela des notices sur chaque ouvrage, de très nombreuses notes littéraires et historiques, une chronologie détaillée, un répertoire biographique des personnes proches de Jünger, un important répertoire des termes militaires et un index. Pour tout cela, Pascal Mercier et François Poncet m’ont apporté un précieux concours.

NRH : Comment l’œuvre de Jünger est-elle aujourd’hui reçue en Europe ?

JH : Elle est assez bien reçue en Espagne et en Italie, mais très peu dans le monde anglo-saxon. Il y a eu des traductions d’Orages d’acier en anglais, mais elles n’ont pas soulevé un intérêt puissant. Les Russes commencent de plus en plus à s’intéresser à son œuvre. De nombreuses traductions sont en cours. C’est en France, pour des raisons historiques, que les livres de Jünger ont été le plus traduits et commentés.

La réception de son œuvre en Allemagne est plus ambiguë. Jünger est admiré, tout en restant souvent un sujet d’effroi ou de rejet. Les jeunes Allemands ont une attitude ambivalente à l’égard de son œuvre, même s’il apparaît comme un auteur majeur. La parution l’été dernier en Allemagne de deux volumineuses biographies a été un événement littéraire considérable. On pourrait dire qu’il est moins attaqué aujourd’hui en Allemagne qu’il y a vingt ans, tandis qu’en France il y aurait plutôt un mouvement inverse.

Propos recueillis par Pauline Lecomte

Crédit photo : DR

Repères biographiques

Julien Hervier

Ancien élève de l’École normale supérieure, traducteur de Nietzsche, Heidegger, Jünger et Hesse, Julien Hervier a enseigné la littérature comparée à l’université de Poitiers. Il a consacré sa thèse de doctorat à Deux individus contre l’histoire : Drieu la Rochelle, Ernst Jünger (Klincksieck, 1978). À l’occasion du quatre-vingt-dixième anniversaire d’Ernst Jünger, il avait réalisé avec ce dernier un livre d’entretiens (Gallimard, Arcades, 1986). Il vient de diriger dans la collection La Pléiade (Gallimard) l’édition des Journaux de guerre en deux volumes.

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