La Nouvelle Revue d'Histoire : "L'histoire à l'endroit". Fondée en 2002 par Dominique Venner et dirigée par Philippe Conrad.

De même que Michel Romanov entreprit de reconstruire un État et une société russes en ruine, Vladimir Poutine a « entamé un travail de titan […] pour redonner une existence à l’État russe. Et ramener la confiance dans une population désorientée, méfiante, trahie ». Une entreprise dont la réconciliation de la nation russe avec son histoire, toute son histoire, est la clé de voûte.

La saga des Romanov de Pierre le Grand à Nicolas II

La saga des Romanov de Pierre le Grand à Nicolas II

Source : La Nouvelle Revue d’Histoire n°37, juillet-août 2008. Pour retrouver ce numéro, rendez-vous sur la e-boutique en cliquant ici.

Témoin privilégié, Jean des Cars raconte comment la dynastie des Romanov, ayant régné de 1613 à 1917, est à nouveau entrée dans l’histoire russe.

La saga des Romanov de Pierre le Grand à Nicolas IILivre d’histoire, certes, cet ouvrage est bien plus que cela. C’est l’ouvrage d’un historien qui est aussi un excellent journaliste ayant une connaissance intime de la Russie, où il se rend fréquemment. Retraçant de façon précise et vivante les règnes des dix-sept Romanov qui, de Michel Ier (1613-1645), le fondateur de la dynastie (le titre de l’ouvrage est, à cet égard, un peu trompeur), à Nicolas II (1894-1917), le tsar martyr, bâtirent la Russie moderne, il raconte aussi comment, après avoir été, pour l’essentiel, occulté, interdit, enfoui durant les soixante-treize ans de la période soviétique, ce passé est redécouvert depuis dix ans et pleinement réintégré à la mémoire nationale.

Cela a commencé le 17 juillet 1998 avec l’inhumation solennelle à Saint-Pétersbourg, en présence de Boris Eltsine, des restes de la famille impériale – à l’exception de deux corps non encore retrouvés –, assassinée quatre-vingts ans plus tôt à Ekaterinbourg. Cela s’est poursuivi de façon spectaculaire depuis l’arrivée au pouvoir, en 2000, de Vladimir Poutine. Parmi les initiatives les plus marquantes de celui-ci : en 2003 la remise à sa place, à Irkoutsk de l’immense statue du tsar Alexandre III, et, en 2006, le rapatriement en grande pompe de la dépouille de sa veuve, Maria Fedorovna – morte en 1928 au Danemark –, pour être inhumée à ses côtés dans la nef de la cathédrale Saints-Pierre-et-Paul, à Saint-Pétersbourg. Sans compter la reconnaissance exprimée aux vaincus de la guerre civile de 1918-1920, ainsi qu’en témoigne le rapatriement des États-Unis, en 2005, des cendres du général blanc Dénikine et son inhumation, avec les honneurs militaires, dans le cimetière du monastère Donskoï, à Moscou.

Enfin, retrouvés au cours de l’été 2007 et identifiés en février dernier comme étant bien de la famille Romanov, les corps manquants lors de la cérémonie de 1998 devraient rejoindre, à leur tour, Saint-Pétersbourg ce 17 juillet, à l’occasion du quatre-vingt-dixième anniversaire de l’assassinat du tsar et des membres de sa famille. Ainsi, « les Romanov massacrés à Ekaterinbourg seront réunis ».

À l’arrivée de Vladimir Poutine au pouvoir, l’état de la Russie n’était pas sans rappeler celui qui était le sien près de quatre siècles plus tôt, à l’avènement du premier Romanov. Au chaos du « temps des troubles », consécutif à la mort du fils d’Ivan IV le Terrible en 1598, répond le chaos consécutif à l’effondrement de l’URSS en 1991. De même que Michel Romanov entreprit de reconstruire un État et une société russes en ruine, Vladimir Poutine a « entamé un travail de titan […] pour redonner une existence à l’État russe. Et ramener la confiance dans une population désorientée, méfiante, trahie ». Une entreprise dont la réconciliation de la nation russe avec son histoire, toute son histoire, est la clé de voûte.

Régis Constans

À propos de

Jean des Cars, La saga des Romanov de Pierre le Grand à Nicolas II, Plon, 360 p., 22 €

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