La Nouvelle Revue d'Histoire : "L'histoire à l'endroit". Fondée en 2002 par Dominique Venner et dirigée par Philippe Conrad.

En 1719, le marquis de Pontcallec prend la tête d’une conspiration bretonne destinée à renverser Philippe d’Orléans, régent de France, jugé illégitime et tyrannique.

Pontcallec, héros romantique des libertés bretonnes

Pontcallec, héros romantique des libertés bretonnes

Source : La Nouvelle Revue d’Histoire n°40, janvier-février 2009. Pour retrouver ce numéro, rendez-vous sur la e-boutique en cliquant ici.

Avec Le marquis et le régent, Joël Cornette décrit “une conspiration bretonne à l’aube des Lumières”. Ou comment le marquis de Pontcallec sera érigé en héros romantique des libertés de l’ancien duché rebelle.

En 1719, le marquis de Pontcallec prend la tête d’une conspiration bretonne destinée à renverser Philippe d’Orléans, régent de France, jugé illégitime et tyrannique. À peine un feu de paille, un simulacre, une cavalcade de quelques dizaines de petits nobles qui tourne court, faute de soutien populaire et de l’aide espagnole. Sans que le sang ait coulé, les meneurs sont arrêtés. Leur châtiment est impitoyable : Pontcallec et trois de ses affidés sont condamnés à avoir la tête tranchée. Ils sont exécutés le 20 mars 1720 à Nantes, place du Bouffay qui avait vu mourir Chalais sous Richelieu, en 1626, et qui verra tomber les têtes des victimes de Carrier en 1793.

De cette mince affaire est sortie une légende, celle de Pontcallec, champion des libertés de la « nation bretonne ». Transfiguré juste après sa mort par son confesseur, Pontcallec devient le héros romantique par excellence. Alexandre Dumas l’exalte au théâtre puis dans un récit échevelé, Une fille du Régent (1844). Dès 1846, la complainte de Pontcallec en « dialecte de Cornouaille » entame une carrière qui nous conduit jusqu’à Gilles Servat, Alan Stivell et Tri Yann (1972-1994).

Le marquis et le régent. Une conspiration bretonne à l’aube des Lumières

Le marquis et le régent. Une conspiration bretonne à l’aube des Lumières

Dans l’Istor Breiz ou Histoire populaire de la Bretagne parue en 1869, Pontcallec accède au statut de saint martyr. Une transposition hagiographique initiée par Pitre-Chevalier (1844), poursuivie par Cécile Danio (1922) et par l’abbé Poisson (1948). Tous ces auteurs puisant leurs sources ( ?) chez Arthur de la Borderie, le « Lavisse breton ». Un peu à l’écart, Jean Markale qui, en 2004 encore, voit dans Pontcallec « un de ces derniers chevaliers arthuriens […] qui ne trahissent jamais leur idéal ».

Loin de ces envolées, le travail de Cornette apparaît comme exemplaire. La déconstruction de la fable historiographique procède de la critique interne et externe des sources (les 9 volumes in-folio de la procédure criminelle conservée à la bibliothèque de l’Arsenal) et de la maîtrise parfaite du contexte français. À rebours du film de Tavernier, Que la fête commence (1975) qui nous comptait Pontcallec en rustre, le régent en débauché et le cardinal Dubois en Richelieu au petit pied, Cornette nous montre un Philippe d’Orléans revenu de ses rêveries féodales, de son gouvernement « polysynodal » faisant la part belle à la haute noblesse, pour agir comme Louis XIV en frappant fort au nom de la raison d’État.

Pontcallec est le héraut malheureux d’une gentilhommerie militaire usée, à bout de ressources, qui regrette d’avoir versé son sang pour un « pouvoir central » ingrat. Depuis l’édit d’union de 1532, l’ancien duché veille jalousement sur ses libertés. C’est la noblesse qui mène la danse, aux États, au parlement de Rennes, avec cette logique jusqu’au-boutiste qui la conduira à initier, au club breton, les journées clés de 1789.

Les bons historiens n’entérinent pas les légendes. Ils n’en nient pas non plus la pertinence culturelle mais restituent les faits dans leur crudité. Cornette est visiblement de ceux-là. Saluons au passage la qualité formelle de cet ouvrage auquel est adjoint un CD qui nous passe en revue les versions successives de la « gwerz » (histoire chantée en breton) de Pontcallec.

Jean-Joël Brégeon

À propos de

Le marquis et le régent. Une conspiration bretonne à l’aube des Lumières. Par Joël Cornette, Tallandier, 476 p., 25 €

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