La Nouvelle Revue d'Histoire : "L'histoire à l'endroit". Fondée en 2002 par Dominique Venner et dirigée par Philippe Conrad.

Dans l’histoire de ces peuples sur la longue durée, mais aussi sur les vingt dernières années, ce sont les longues permanences qui dominent.

Histoire des pays de l’Est, par Henry Bogdan

Histoire des pays de l’Est, par Henry Bogdan

Source : La Nouvelle Revue d’Histoire n°42, mai-juin 2009. Pour retrouver ce numéro, rendez-vous sur la e-boutique en cliquant ici.

Écrite par le meilleur spécialiste de la Mitteleuropa, cette histoire couvre près de deux millénaires et décrit le sort de tous les pays tombés sous la domination soviétique après 1945.

De Prague à Sofia, de Budapest à Varsovie, l’Europe de l’Est a subi en quelques années de formidables transformations sans équivalent à l’Ouest. Il n’est pas possible de réfléchir à l’avenir des ces pays et à leur place dans l’Europe sans connaître la longue histoire dont ils sont issus. C’est ce que permet admirablement Henry Bogdan.

Son livre, initialement publié en 1990, était déjà sans équivalent lors de sa parution. Il couvre près de deux millénaires et décrit l’histoire contrastée et très mal connue de tous les pays qui étaient tombés dans l’orbite soviétique après la Seconde Guerre mondiale, y compris la Yougoslavie. Vingt ans ont passé. Non sans mal parfois, les régimes communistes ont fait place à des démocraties pluralistes. Les peuples ont retrouvé leur liberté, parmi des crises violentes pour l’ancienne Yougoslavie. La plupart sont désormais membres de l’Union européenne ou sont candidats pour y entrer. Sont-ils mieux connus en France qu’ils ne l’étaient en 1990 ? Ce n’est pas sûr. C’est pourquoi une nouvelle édition s’imposait, disponible cette fois en collection de poche. Et Henry Bogdan a tenu, bien entendu, à l’actualiser, tant les choses ont changé en vingt ans.

Histoire des pays de l’Est, par Henry Bogdan

Histoire des pays de l’Est, par Henry Bogdan

Quand on examine attentivement l’histoire de tous ces peuples sur la longue durée, mais aussi sur les vingt dernières années, ce qui frappe d’emblée, ce sont les longues permanences. Le partage entre les pays balkaniques de tradition orthodoxe et les pays de tradition catholique demeure aussi tranché que dans le passé. Il correspond à la très ancienne frontière culturelle entre les régions ayant longtemps subi la domination ottomane (Bulgarie, Roumanie, Serbie, Bosnie, Albanie) et celles qui ont plus ou moins appartenu à l’ensemble politico-culturel germanique ou habsbourgeois (ex-RDA, Tchéquie, Slovaquie, Pologne, Hongrie, Transylvanie, Croatie). Ainsi que le souligne Bogdan, cette coupure se retrouve aujourd’hui dans les comportements politiques, alors que le communisme a été partout répudié.

Une deuxième constatation, corollaire de la précédente, est l’importance de la religion en tant que fait permanent de civilisation, ce que l’on n’imagine pas dans une Europe occidentale largement laïcisée, dont les clergés sont souvent dénationalisés. À l’Est, insiste Bogdan, les Églises catholiques se sont trouvées en pointe des luttes pour la liberté.

Troisième remarque de Bogdan : en dépit de la longue domination communiste, les nations ont conservé leur identité, mais aussi leurs antagonismes et rivalités d’antan. Hongrois et Roumains continuent de s’affronter au sujet de la Transylvanie. Quant aux Croates et aux Slovènes, ils n’ont pu se libérer de l’emprise de Belgrade qu’après d’éprouvants conflits.

Enfin, les peuples qui ont été soumis pendant un demi siècle au pouvoir oppressif de Moscou ne peuvent aujourd’hui regarder la nouvelle Russie comme on le fait depuis Paris. La crainte reste forte de l’impérialisme d’hier. Ce qui explique que ces peuples voient dans les États-Unis leur allié privilégié et leur sauvegarde, à défaut de pouvoir se fier en ce domaine à une Union Européenne désarmée, et sachant que les préoccupations géostratégiques du noyau franco-allemand ne sont pas les leurs.

Constituant une somme sans équivalent et d’une lecture toujours agréable, cette Histoire des pays de l’Est ne laisse rien dans l’ombre. Henry Bogdan, fin connaisseur de la Mitteleuropa et des régions balkaniques, est de surcroît un esprit libre et limpide. Son livre rappelle que l’histoire est tragique, faite de constantes et d’inattendus.

Dominique Venner

À propos de

Histoire des pays de l’Est. Par Henry Bogdan, Tempus, 752 p., cartes, index, 12 €

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