La Nouvelle Revue d'Histoire : "L'histoire à l'endroit". Fondée en 2002 par Dominique Venner et dirigée par Philippe Conrad.

"La révolution est un phénomène d’origine européenne, tout comme la civilisation moderne est une création européenne, si injuste que cela puisse être pour le reste de l’humanité."

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Histoire des révolutions

Source : La Nouvelle Revue d’Histoire n°43, juillet-août 2009. Pour retrouver ce numéro, rendez-vous sur la e-boutique en cliquant ici.

Voici un exceptionnel récit d’histoire comparée. Et quand bien même on récuserait telle de ses thèses, peu d’ouvrages se révèlent aussi stimulants.

On sait que professeur d’histoire des idées à l’université de Berkeley (1958-1991), Martin Malia s’est imposé avant sa mort (2004) comme un spécialiste de l’histoire russe et de la révolution bolchevique. Mettant sa plume brillante au service d’une approche pluridisciplinaire, il développe ici la thèse qu’une révolution est une transformation avant tout politique et idéologique, et non pas sociale, contrairement à ce qu’avançait Karl Marx.

Il montre qu’au-delà du Moyen Age, la révolte, sinon la révolution, commence par une dissidence spirituelle, c’est-à-dire par l’hérésie. Dans un monde où l’Eglise se confond avec la société, contester la hiérarchie ecclésiastique revient nécessairement à contester la hiérarchie temporelle et réciproquement. C’est pourquoi, écrit-il, avant les Lumières, l’hérésie fournit l’impulsion initiale des changements radicaux. L’Eglise a d’ailleurs engendré elle-même l’espérance millénariste du règne du Saint-Esprit sur terre. Plus tard, la laïcisation des valeurs religieuses sera une composante essentielle de l’esprit révolutionnaire. Parlant de 1789, Michelet pourra écrire : « La Révolution continue le christianisme et le contredit. Elle en est à la fois l’héritière et l’adversaire. »

Histoire des révolutions. Par Martin Malia

Histoire des révolutions. Par Martin Malia

Les premières pages de ce livre posthume en situent l’ampleur et l’attrait. Contrairement à la guerre qui est un phénomène universel, « la révolution est un phénomène d’origine européenne, écrit Martin Malia, tout comme la civilisation moderne est une création européenne, si injuste que cela puisse être pour le reste de l’humanité ». Précisant sa pensée, l’auteur ajoute : «  Jusqu’au XXe siècle, hors de la sphère culturelle européenne (qui inclut bien sûr les deux Amériques), on ne rencontre rien qui mérite le nom de révolution, ni d’ailleurs rien qui mérite les noms de démocratie ou de quête de la liberté individuelle… Les termes désignant ces concepts n’existent pas hors des langues européennes. » Conséquence logique, la révolution doit être étudiée historiquement plutôt que de façon « structurelle ». Malia récuse en effet le préjugé dominant qui voudrait que la « société » ait une structure de base censée la même en tous lieux et en tous temps, de la France à la Chine, du XIIe au XXe siècle.

Prenant pour exemples le mouvement hussite de Bohême, les réformes protestantes et, bien entendu, 1789 puis 1917, Malia définit la révolution comme le renversement d’un Ancien Régime. Thèse néanmoins contredite par l’histoire anglaise entre 1640 et 1688 qui apparaît surtout comme la restauration d’un ordre traditionnel menacé par l’absolutisme des Stuart.

En raison sans doute de sa thèse, et contrairement à François Furet, Malia ignore les révolutions que furent le fascisme italien et le national-socialisme allemand. Dans sa conclusion, l’historien se garde d’imaginer l’avenir. Mais si l’on suit son raisonnement, on peut se demander si, un jour, les actuelles démocraties socialo-libérales n’apparaitront pas comme des Anciens Régimes, appelant d’inédites révolutions.

Dominique Venner

À propos de

Histoire des révolutions. Par Martin Malia, Tallandier, 462 p., index, 30 €

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