La Nouvelle Revue d'Histoire : "L'histoire à l'endroit". Fondée en 2002 par Dominique Venner et dirigée par Philippe Conrad.

Philippe Walter révèle ici que le socle médiéval de la civilisation européenne procède d’une assimilation réussie entre paganisme celtique et christianisme.

Philippe Walter, un maître de l’imaginaire médiéval

Philippe Walter, un maître de l’imaginaire médiéval

Source : La Nouvelle Revue d’Histoire n°44, septembre-octobre 2009. Pour retrouver ce numéro, rendez-vous sur la e-boutique en cliquant ici.

On sait que le Moyen Âge est un fondement essentiel de l’Europe. Philippe Walter révèle ici que le socle médiéval procède d’une assimilation réussie entre paganisme celtique et christianisme.

Au fil du temps, Philippe Walter s’est affirmé comme l’un des maîtres de la littérature médiévale. Titulaire de la chaire de littérature française du Moyen Âge à l’université de Grenoble, il préside depuis 1999 aux destinées du Centre de recherche sur l’imaginaire qui possède des filiales sur tous les continents. Il a publié ou dirigé plus de trente ouvrages et il est traduit dans une dizaine de langues. Avec son maître Daniel Poirion, dont il a continué l’œuvre, il a fait entrer Chrétien de Troyes dans la Bibliothèque de la Pléiade avant d’édifier le monumental Livre du Graal dont le troisième et dernier volume vient de paraître en édition bilingue, ancien français-français moderne (nous en avons rendu compte dans le n°43 de La NRH). Cet ensemble exceptionnel réunit le cycle des romans médiévaux consacrés aux chevaliers de la Table ronde, à la Quête du Graal et au roi Arthur. Déchiffreur infatigable de manuscrits, meneur d’équipes et invité sur quatre continents, Philippe Walter a le souci de rendre accessible le trésor des textes médiévaux. Nous l’avons rencontré pour évoquer son itinéraire, ses travaux, et la signification qu’il leur donne.

La Nouvelle Revue d’Histoire : Comment est né votre intérêt pour la littérature médiévale et le légendaire celtique ?

Philippe Walter : Les souvenirs d’enfance y furent certainement pour une grande part. En Lorraine, précisément dans la région de Metz d’où je suis originaire, j’ai connu sans doute les dernières manifestations d’une très ancienne religiosité populaire qui remontait au Moyen Âge. Lorsque j’étais enfant, il y avait encore des pèlerinages dans les forêts, des rites où le christianisme côtoyait souvent les croyances païennes. C’est ce que j’ai appelé plus tard la « mythologie chrétienne » marquée par une forte présence de l’ancien paganisme.

NRH : Votre milieu scolaire ou des lectures ont-ils favorisé cet intérêt ?

PW : Pas vraiment. J’ai été un élève de l’école laïque et le Moyen Âge n’était pas aussi favorisé que de nos jours dans l’enseignement. On le considérait comme une époque bizarre, sauvage et parfois puérile. Il est possible que mon intérêt pour tout ce qui avait trait à la religiosité populaire n’eût pas été le même si j’avais baigné dans un environnement exclusivement catholique.

Mon intérêt pour les sources médiévales de la religiosité populaire médiévale n’a pas une origine littéraire. Ce qui m’a profondément marqué en revanche, c’est ce que l’on appelle en terme un peu péjoratif le « folklore ». Je l’avais découvert dans le monde rural de mon enfance lorraine. Contrairement à l’ethnologie férue de théories, le folklore brasse du vivant. Il est rythmé notamment par les rites cycliques, la littérature orale et les fêtes saisonnières. Mon contact personnel avec cette vie traditionnelle rurale, directement issue du Moyen Âge et qui agonisait dans les années 1960, m’a permis de comprendre des phénomènes toujours invisibles pour les médiévistes citadins d’aujourd’hui.

NRH : L’attention que vous avez portée aux traditions populaires a-t-elle joué un rôle dans le choix de vos études ?

PW : Lors de mes études de lettres à l’université, j’ai découvert la littérature médiévale qui, aussitôt, a éveillé en moi une résonance affective autant qu’intellectuelle. Elle faisait écho à mes souvenirs d’enfance. Je pense entre autres au roman de Tristan et Yseult ou encore à ceux de Chrétien de Troyes.

C’était l’époque où l’on redécouvrait le Moyen Âge qui n’était plus une période obscure ou terrifiante, mais une ère fondatrice de notre culture littéraire, artistique et politique, voire économique (fondation des villes). L’histoire de nos origines se réécrivait autrement.

NRH : Vous avez souvent rendu hommage à l’un de vos maîtres, Daniel Poirion. Qui était-il ?

PW : Daniel Poirion a orienté de manière décisive ma carrière de médiéviste. Il avait compris et encouragé ce qui demandait à naître dans les travaux balbutiants de mes débuts. Parmi tous les médiévistes de son temps, lui seul me semble avoir manifesté de profondes dispositions d’accueil et de respect envers les idées nouvelles d’une jeune génération de médiévistes à laquelle j’appartenais et qui cherchait sa voie dans la grande cacophonie intellectuelle de la contre-révolution rhétorique de 1968. Il m’a légué une vision forte de ma discipline d’enseignement. Il comprenait la nécessité culturelle de ce que doivent être un champ de recherche et ses objectifs. Il ne s’agissait pas de produire des articles ou des livres comme d’autres produisent des betteraves, mais de se demander à quoi nous servons. Ce maître exigeant laissait cependant beaucoup d’initiatives à ses élèves. Il avait conduit sa carrière tout à la fois à la Sorbonne et dans des universités américaines. Plus tard, c’est avec lui que j’ai eu le plaisir de faire entrer Chrétien de Troyes et le Moyen Âge dans la Bibliothèque de la Pléiade qui inaugurait sa nouvelle série de textes médiévaux.

J’ai eu également un autre maître éminent en la personne de Robert Martin, le meilleur grammairien français, ancien directeur de l’Institut national de la langue française. C’est la conjonction de ces deux grands esprits qui a orienté mes travaux futurs sur les textes médiévaux, les mythes et les traditions populaires, la philologie et l’anthropologie culturelle.

NRH : Vous avez développé une approche pluridisciplinaire de l’imaginaire médiéval. Comment la définiriez-vous ?

PW : Dans toute recherche, il est nécessaire aujourd’hui d’associer des disciplines différentes car les frontières entre les savoirs ne cessent d’évoluer. La bonne méthode d’analyse est celle qui n’exclut rien et qui croise plusieurs savoirs pour les faire dialoguer entre eux (l’histoire, la philologie, la mythologie, l’anthropologie). Elle conduit à prendre une réelle distance par rapport à une vision événementielle ou même historique et conformiste du Moyen Âge (la pensée unique !). Cette orientation a permis d’ouvrir des pistes de recherches dans des domaines peu explorés, notamment l’interprétation des mythes et des traditions populaires dans la longue durée. Le mythe est à mes yeux la seule voie d’accès possible au secret de l’homme et de l’histoire. La littérature permet d’approcher ce cœur poétique de la pensée humaine qu’est le mythe.

NRH : La démarche comparatiste vous semble-t-elle utile dans ce domaine du mythe ?

PW : C’est l’une des seules qui me semble ouvrir des perspectives novatrices. C’est certainement plus intéressant que de compter le nombre d’apparitions du mot cheval ou chevalier dans les textes médiévaux. Dans le vaste champ du comparatisme, les travaux de Georges Dumézil ou Mircea Eliade m’ont été précieux. Pour le monde celtique, je dois beaucoup à Françoise le Roux et Christian Guyonvarc’h. Dans le domaine germanique, je me sens proche de Claude Lecouteux. Il est le modèle du chercheur qui échappe à l’enfermement monodisciplinaire trop fréquent dans l’université d’aujourd’hui. Je suis également redevable aux travaux de Gilbert Durand qui était avant tout un philosophe, tout en étant très attentif à la permanence de la tradition, à la mythologie et au monde des images. Tout cela continue de nourrir mes propres recherches. C’est le socle de tout pour le Moyen Âge européen.

Je tiens à ce concept de « Moyen Âge européen ». C’est le titre d’une collection que je dirige aux Éditions littéraires et linguistiques de l’université de Grenoble. Elle a l’ambition de montrer la circulation européenne de la culture littéraire au Moyen Âge. Une vision franco-française de la littérature médiévale me semble aujourd’hui totalement dépassée.

NRH : Depuis 1999, vous présidez aux destinées du Centre de recherches sur l’imaginaire de l’université de Grenoble. Pouvez-vous en dire quelques mots, et quelle serait votre définition de l’imaginaire ?

PW : Gilbert Durand fonda le Centre de recherches sur l’imaginaire en 1966. Je suis le quatrième à en assurer la direction. Ce centre possède un grand rayonnement international. Il dispose de nombreuses filiales sur les cinq continents.
Qu’est-ce que l’imaginaire ? C’est la pensée par images et non par concepts. L’imaginaire se révèle dans l’étude des symboles, des mythes ou des images.

Le mythe n’est pas une mystification. Il est le chiffre secret de notre condition humaine. On peut l’analyser à la façon des sociologues : quelles sont par exemple les mythes dominants portés aujourd’hui par la publicité, le cinéma ou la télévision ? Il y a aussi les analyses philologiques et iconographiques, ce qui est mon cas pour le Moyen Âge. Dites-vous bien que toute civilisation construit sa vérité à travers des symboles et des mythes, même si elle refuse de l’avouer.

NRH : Après un doctorat de troisième cycle, vous avez soutenu une thèse de doctorat d’État qui porte comme titre : La Mémoire du temps : fêtes et calendriers de Chrétien de Troyes à La Mort Artu. Qu’entendez-vous par « Mémoire du temps » ?

PW : Je tiens beaucoup à ce concept. Il existe un socle imaginaire capital dans notre rapport au temps. Le Moyen Âge a obéi à une pulsion imaginaire du temps qui remonte à un passé lointain, sans doute préhistorique. Son temps était plus qualitatif que quantitatif (contrairement au nôtre). Le christianisme médiéval a inscrit ses commémorations dans le très vieux cadre de ce temps ancien ritualisé autour de fêtes et de cérémonies calendaires. En ce sens, on peut dire qu’il est tributaire de la mémoire du temps archaïque. En travaillant à mon sujet de thèse, j’ai pris conscience que le calendrier pouvait nous permettre de comprendre une civilisation de l’intérieur. Notre calendrier d’aujourd’hui recèle en filigrane la vie de toute notre civilisation.

NRH : Depuis longtemps vous étudiez les traces qu’a laissées le passé celtique dans la littérature médiévale. Quelle est l’importance de cette empreinte ?

PW : Il ne s’agit pas seulement de traces. C’est plutôt de socle qu’il faudrait parler, tout au moins pour la littérature arthurienne et les chansons de geste. Les écrivains médiévaux n’inventaient pas la matière de leurs œuvres. Ils puisaient celles-ci dans une tradition orale qui remonte certainement fort loin. Bien évidemment, il n’est pas toujours facile de se faire une idée de mythes supposés originels qui peuvent avoir des sources chamaniques. Il faut comprendre qu’avec la littérature médiévale on se trouve devant un édifice restauré. Les fondations sont antiques mais la couleur et les aménagements sont médiévaux. Étudier ces fondations nous fait remonter très loin dans notre civilisation.

C’est en cela que le Moyen Âge est un fondement essentiel de l’Europe. On ne peut rien comprendre à la culture européenne si on la fait seulement émerger des Lumières et de la Déclaration des droits de l’homme.

NRH : Selon vous, pour parler de la religion populaire de l’Europe au Moyen Âge, le concept de pagano-christianisme vous semble-t-il pertinent ?

PW : Le monde chrétien et le monde antique sont plus imbriqués qu’on ne le pense habituellement. Il est indéniable que pendant le haut Moyen Age, aux alentours du Ve et VIe siècle, a commencé un vaste mouvement d’assimilation du paganisme celto-germanique par le christianisme. Ce fut l’effet d’une longue évolution parfois conflictuelle. En Europe, le paganisme populaire n’a pas été aboli par le christianisme. Il a même été partiellement créé par lui (on songe à la « religion » des sorcières), coexistant avec lui beaucoup plus longtemps qu’on ne le croit. Dans une certaine mesure, c’est grâce au christianisme tel qu’il a évolué au Moyen Âge que le paganisme populaire s’est conservé jusqu’à nos jours.

Un exemple, à Metz, le 3 février, jour de saint Blaise, dont le nom signifie « loup » en langue celtique, on bénit toujours en l’église Saint-Euchaire de petits pains qui sont supposés protégés des maux de gorge. On bénit également des cierges, le 3 février étant le lendemain de la Chandeleur, fête des chandelles, écho du feu de l’irlandaise sainte Brigitte (fêtée le 1er février). Il est certain que le saint Blaise messin, qui existe ailleurs en Europe, recèle des vestiges de rites et de mythes préchrétiens, en particulier celui de Merlin accompagné d’un loup gris et qui possède un scribe nommé Maître Blaise.

NRH : Cette coexistence n’a-t-il pas disparue à partir de la Réforme et de la Contre-Réforme ?

PW : Les deux traditions me semblent interdépendantes. Toute disparition de l’une entraîne la disparition de l’autre. C’est bien le problème de l’Église catholique d’aujourd’hui. En marginalisant au nom de la superstition ce que l’on appelait jadis la religion populaire (pèlerinages dans les forêts, culte des vierges noires), le christianisme européen a détruit les fondations qui donnaient un sens à sa mémoire.

NRH : Vous semblez dire que si le christianisme, en Europe, n’avait pas concédé une place à ces rites ancestraux, nous n’en aurions plus la moindre trace. Mais si le christianisme n’avait pas été présent, l’ancien paganisme ne se serait-il pas maintenu en évoluant ?

PW : Ce sont des questions auxquelles il est difficile de répondre. Mais il semble qu’il y a eu souvent moins un affrontement qu’une assimilation de deux traditions. Dans l’étude du pagano-christianisme, on peut mettre l’accent tantôt sur le paganisme tantôt sur le christianisme. Mais il existe une autre option qui consiste à mettre en correspondance les symboles religieux des deux traditions pour comprendre comment ils se sont fécondés réciproquement et même recréés l’un l’autre. Le mythe du Graal peut s’expliquer de la sorte.

NRH : Justement, vous venez de publier à la Pléiade le troisième volume du Livre de Graal. Quelle est l’origine de ce mythe ?

PW : La source est indiscutablement celtique. Il rappelle le plat ou récipient producteur de nourriture tel qu’on le trouve dans la statuaire gallo-romaine ou dans les récits du Moyen Âge irlandais. Mais le « mythe du Graal » se fabrique à partir de Chrétien de Troyes et de ses continuateurs grâce à la littérature par fusion avec la tradition chrétienne : le vase païen d’abondance appelle le miracle eucharistique. Il n’y a pas de relique de la Passion nommée Graal avant Chrétien de Troyes.

NRH : Le mythe du Graal est associé à celui du roi Arthur. Quand voit-on apparaître cette figure dans la littérature française médiévale ?

PW : Vers le milieu du XIIe siècle, un écrivain nommé Wace traduit en ancien français (dialecte anglo-normand) l’Histoire des rois de Bretagne de Geoffroy de Monmouth, une chronique légendaire écrite en latin qui attribuait la fondation de la (Grande) Bretagne au bien nommé Brutus, rescapé de la guerre de Troie. Pour l’imaginaire historique du Moyen Âge, les Bretons sont fils des Troyens d’Homère. Quant au roi Arthur, son nom vient du mot art, qui signifie ours dans les langues celtiques. En ancien français, on disait Artus ou Artu, jamais Arthur.

La mythologie eurasiatique de l’ours vient ensuite expliquer les composantes du mythe. L’ours était à la fois le guerrier fauve et le maître du temps cosmique, symbolisé par son hibernation et sa renaissance annuelle.

NRH : Quel fut l’écho en Europe, dans d’autres langues que le français, tout à la fois du Graal, du roi Arthur, de Perceval, de Lancelot ou de la Table Ronde ?

PW : Il a été considérable jusqu’à la Renaissance. Une éclipse se produisit du XVIe au XVIIIe siècle, avant le renouveau médiéval favorisé par le romantisme puis le XXe siècle. Au XIIIe siècle, c’est l’écrivain allemand Wolfram von Eschenbach, le meilleur lecteur de Chrétien de Troyes, qui fut à l’origine d’une tradition ésotérique du Graal, source de fascination jusqu’à nos jours.

NRH : N’est-il pas surprenant d’observer aujourd’hui de multiples façons, y compris par l’intermédiaire du cinéma, une survivance forte du légendaire arthurien et du mythe du Graal ?

PW : Après huit siècles de pérégrinations, le mythe du Graal garde intacte sa puissance de suggestion. Il n’est toutefois pas un héritage inerte ou neutre. Il ne vit que si nous projetons en lui nos fantasmes et nos espoirs. À défaut de livrer un sens unique, les romans du Graal livrent surtout un appel au sens. Les chemins du Graal mènent-ils quelque part ? Non, car le Graal surgit, sur la route, au moment où l’on s’y attend le moins et jamais à la fin d’un itinéraire organisé.

La conquête du Graal reste incertaine, mais toujours recommencée. L’éveil compte autant que l’initiation. Avec le Graal, tout est affaire de promesse et jamais de certitude.

Propos recueillis par Pauline Lecomte

Crédit photo : DR

Repères biographiques

Philippe Walter

Après une agrégation de lettres modernes obtenue à vingt-deux ans, Philippe Walter devient docteur d’université puis docteur d’État avec une thèse sur « La Mémoire du temps ». Il a commencé sa carrière universitaire comme assistant agrégé à la Sorbonne à vingt-neuf ans, avant d’être promu professeur des universités neuf ans plus tard. Titulaire de la chaire de littérature française du Moyen Âge à l’université de Grenoble, il préside depuis 1999 aux destinées du Centre de recherche sur l’imaginaire. Il a publié ou dirigé plus de trente ouvrages et il est traduit dans une dizaine de langues. Il a fait entrer Chrétien de Troyes dans la Bibliothèque de la Pléiade avant d’édifier le monumental Livre du Graal dont le troisième et dernier volume vient de paraître dans cette collection en édition bilingue, ancien français-français moderne (voir NRH n°43). Parmi ses nombreux ouvrages, on peu citer Arthur, l’ours et le roi (Imago, 2002), Mythologie chrétienne (Imago, 2003), Mélusine, le serpent et l’oiseau (Imago, 2008). Tout récemment, il a publié La Chanson de Walther (Éditions Ellug). Les ouvrages de la collection « Moyen Age européen » dirigée par Philippe Walter sont présentés sur le site : u-grenoble3.fr/ellug/

Boutique. Voir l’intégralité des numéros : cliquez ici

La Nouvelle Revue d'Histoire