La Nouvelle Revue d'Histoire : "L'histoire à l'endroit". Fondée en 2002 par Dominique Venner et dirigée par Philippe Conrad.

Jean des Cars est devenu historien en passant par la dure école du journalisme. Il a publié une œuvre considérable. Nous l’avons rencontré pour en savoir plus.

Jean des Cars, les chemins de la vieille Europe

Jean des Cars, sur les chemins de la vieille Europe

Source : La Nouvelle Revue d’Histoire n°59, mars-avril 2012. Pour retrouver ce numéro, rendez-vous sur la e-boutique en cliquant ici.

Jean des Cars est devenu historien en passant par la dure école du journalisme, des reportages in situ et des investigations sans complaisance. Il a publié une œuvre considérable qui commence en 1984 par son livre sur L’Orient-Express (Denoël) où se manifeste déjà sa passion des trains à laquelle il dédiera plus tard un Dictionnaire amoureux (Plon, 2006). Mais il s’agissait aussi d’un voyage dans la vieille Europe qu’il ne quittera plus. On ne peut citer que quelques-uns de ses livres fameux : Sur les pas des tsars à Saint-Pétersbourg (Perrin, 1992), Malesherbes, gentilhomme des Lumières (Fallois, 1994, réédité en Tempus), Eugénie, la dernière impératrice (Perrin, 1997), Louis II de Bavière (Perrin, 1998), Haussmann, la gloire du Second Empire (Perrin, 2002), Rodolphe et les secrets de Mayerling (Perrin, 2004), La Saga des Romanov (Plon, 2008), La Saga des Habsbourg (Perrin, 2010) et, tout récemment, La Saga des Windsor (Perrin, 2011). Nous l’avons rencontré pour en savoir plus.

La Nouvelle Revue d’Histoire : Vous êtes historien, auteur de nombreux livres devenus des classiques, mais vous avez la particularité d’appartenir à une très ancienne famille qui a laissé bien des traces dans l’histoire. J’imagine que ce legs a joué un rôle majeur dans votre vocation ?

Jean des Cars : Ma famille est, pourquoi le nier, une des plus anciennes de France. Les recherches généalogiques remontent jusqu’à l’année 1027. Notre patronyme complet est de Pérusse des Cars. Le village des Cars se trouve à une trentaine de kilomètres de Limoges ; on y voit toujours les vestiges de l’ancien château. Mes ancêtres ont été gouverneurs du Limousin jusqu’au « malentendu » de 1789. Parmi ses membres, il y eut des personnages très cocasses comme la tante d’un gouverneur du Limousin qui avait interdit à Molière de jouer dans cette province. Il s’en est vengé en la décrivant sous les traits de La comtesse d’Escarbagnas, une incorrigible bavarde, prétentieuse et faiseuse d’embarras, une sorte d’anticipation des Femmes Savantes. C’est une comédie en prose qui est toujours au répertoire de la Comédie française. Molière a eu parfaitement raison !

NRH : Quel fut le sort de vos ancêtres pendant la Révolution française ?

JdC : Tous n’ont pas été guillotinés, sinon je ne serais pas là pour en parler ! L’un d’eux a émigré. Il était aide de camp du comte d’Artois, le futur Charles X. Il a essayé d’avoir une bonne influence sur lui mais hélas sans grands résultats. Par la suite, il a suivi de près l’équipée aventureuse de la duchesse de Berry. Un autre de mes aïeux, le général duc des Cars, le premier à être duc à titre héréditaire, a participé à la prise d’Alger en 1830. C’était un gentilhomme. Avant le débarquement de Sidi Ferruch, il avait réuni ses officiers et ses hommes pour leur ordonner, sous les pires menaces, de respecter les femmes indigènes. Cela explique sans doute sa longue popularité en Algérie. Jusqu’à l’indépendance en 1962, il y avait à Alger une rue du Duc des Cars où s’est d’ailleurs marié, plus tard, le président Bouteflika. J’ai pu sauver, avec mon père, un buste de ce général qui est aujourd’hui chez moi.

NRH : Votre père, Guy des Cars, fut un grand romancier populaire. C’était un personnage aussi original que les héros de ses romans. Comment le fils d’un duc devient-il un auteur de best-sellers ?

JdC : Mon père était le cadet de la famille. C’était un fils de duc qui savait que les choses importantes se passent à l’office et à la cuisine. Il était l’inverse de Marcel Proust. Il dira plus tard : « Mes romans commencent toujours à l’office et se terminent parfois au salon. » tandis que Marcel Proust était un fils de bourgeois qui voulait approcher la « terre promise », c’est-à-dire les tabourets des duchesses dans les salons.

Mon père avait une réputation de joyeux drille qui aimait s’amuser et rentrer tard. Ce qui ne plaisait pas à son père le duc. Très tôt, Guy est parti pour vivre librement et écrire, ce qui était très mal vu par sa famille. Ses débuts ont été très difficiles. Il a crevé la faim. Mais la sœur de son père, sa tante Augustine, considérait qu’il était un formidable conteur. Elle lui déposait une enveloppe chaque mois et c’est ainsi qu’il a pu survivre. Il a commencé à écrire pour des journaux. Il a été mis à la porte d’un grand quotidien en même temps que Simenon parce qu’ils faisaient tous les deux des reportages bidon, l’un sur le chauffage urbain, l’autre sur une énigme criminelle, mais les lecteurs avaient adoré leurs récits, en fait très exacts ! Quand on disait, après 1945, à Léon Bailby, grand patron de presse d’avant-guerre : « Le même jour, vous avez mis à la porte Georges Simenon et Guy des Cars ! », il rétorquait « J’ai voulu leur rendre leur liberté car ils avaient beaucoup de talent ! ».

En 1940, mon père a été mobilisé comme officier de réserve et s’est retrouvé lieutenant à la tête d’une section d’infanterie. Il a été décoré de la Croix de Guerre pour sa conduite lors de la bataille de L’Ailette : il avait été rechercher, dans les lignes ennemies, un de ses hommes grièvement blessé. À la fin des combats de 1940, ces « soixante jours qui ébranlèrent l’Occident », comme l’écrivit Jacques Benoist- Méchin, mon père est parvenu à rejoindre la Zone Sud, échappant à la captivité. C’est à ce moment-là qu’il écrivit son premier roman, un récit de guerre L’Officier sans nom, qui reçut le prix Goncourt de Zone Libre en 1941, décerné à Lyon puisque l’Académie Goncourt, était comme la France, coupée en deux. Ce fut immédiatement un best-seller, en dépit des difficultés du moment, notamment les restrictions de papier. Ce roman relatait ce qu’avaient été les combats du côté français, « notre guerre » entre la Somme et la Loire avant d’être vaincus. Cette défaite a marqué l’inconscient collectif beaucoup plus que les victoires ultérieures remportées par d’autres. Sans jamais tomber dans la littérature héroïque, Guy des Cars souligne la bonne volonté qui fut souvent celle des soldats français jetés dans un conflit pour lequel ils n’étaient pas préparés et très mal équipés. Il en montre les sacrifices silencieux et il faut bien dire le courage. C’est un livre véridique qui est devenu un grand classique.

Après ce coup de maître, mon père a entamé une carrière de romancier à succès, avec ses premiers véritables romans comme L’Impure et La Brute, vendus à des millions d’exemplaires et traduits dans plusieurs langues. Il est un Balzac de la seconde moitié du XXe siècle. La critique, jalouse, n’a cessé de le démolir. Lui écrivait pour divertir ses lecteurs, qui furent près de cent millions ! La plupart des thèmes qu’il a abordés, souvent audacieux, sont devenus des « faits de société » de notre époque. Il racontait, sans se livrer à une leçon de morale.

NRH : Avec le recul du temps, comment considérez-vous l’œuvre de votre père ?

JdC : J’ai une grande admiration pour son talent. Pour moi, mon père est avant tout un formidable conteur et un prodigieux romancier. Par moment, c’est aussi un écrivain mais c’est d’abord un constructeur d’histoire qui part d’un fait divers et qui échafaude une intrigue avec de vrais personnages. Certains semblent incroyables, ils sont pourtant puisés dans la réalité. À tous égards, il fut un visionnaire doté d’une extraordinaire imagination. Il a annoncé les drames de l’adoption dans La Révoltée ; la décolonisation dans Sang d’Afrique ; les conséquences de l’insémination artificielle dans Le Donneur ; la bombe atomique chinoise dans Le Grand Monde ; l’erreur de la fin des maisons closes dans L’Entremetteuse ; les ravages de la chirurgie esthétique au rabais dans La Tricheuse ; et un phénomène très actuel avec La Mère Porteuse. Plusieurs de ses romans, comme L’Impure et La Brute, ont été adaptés au cinéma et à la télévision.

Par ailleurs, cet esprit curieux de tout était un passionné de cirque et un expert : il fut, avant la guerre, le secrétaire général du cirque Pinder et a soutenu, en 1974, l’initiative du prince Rainier de Monaco créant le Festival International du Cirque de Monte-Carlo. Guy des Cars fut aussi le pionnier et le champion des éditions en format de poche, avec la collection J’ai Lu.

NRH : Vous venez d’évoquer la figure marquante de votre père. D’autres personnages familiaux vous ont-ils influencés ?

JdC : J’ai eu beaucoup de tendresse et d’affection pour mon arrière-grand-père le duc des Cars, gentilhomme haut en couleur. Il était président du Conseil général de la Sarthe et avait comme adversaire Joseph Caillaux, radical et anticlérical bon teint. À la fin de chaque discours de Caillaux, le duc l’apostrophait en ces termes : « Bravo, Monsieur le Président, vive Jeanne d’Arc ! » Il était la terreur de Joseph Caillaux qui n’était pas n’importe qui.

Mon merveilleux aïeul avait la passion des trains, qu’il m’a communiquée. J’ai d’ailleurs évoqué sa figure dans mon Dictionnaire amoureux des trains. Il avait, par exemple, constaté que les voyageurs de troisième classe étaient obligés de descendre au milieu des rails car la longueur des quais n’avait pas été prévue pour leurs voitures. C’était fort dangereux, on se tordait des chevilles ou pire. Le duc des Cars avait donc mis au point une tactique pour venir en aide à ces pauvres voyageurs. Il montait lui-même en troisième classe et quand le train s’arrêtait, le duc ne bougeait pas. Le train redémarrait, les troisièmes classes arrivaient au niveau du quai et, à ce moment-là, mon ancêtre actionnait le signal d’alarme. Il faisait toujours cela sur les lignes de l’Ouest en allant voir son ami le marquis de Gontaut-Biron. Immédiatement, le chef de train affolé arrivait : « Mais enfin, Monsieur le Duc, c’est encore vous ! Vous savez que ce que vous faites est strictement interdit ! », « Oui, mon ami, mais vous savez aussi bien que moi que ce que fait votre compagnie est illégal. » Il sortait alors une pile de documents, les ordonnances de police des chemins de fer depuis Louis-Philippe. Elles sont, sur ce point, toujours en application : une rame doit correspondre à une longueur du quai. Il était alors conduit au Tribunal de Police de Châteaudun où il était très connu. Il arrivait puis repartait, sous les applaudissements. Mon arrière-grand-père était toujours relaxé puisque la Compagnie était en faute. Au moment de repartir, il serrait la main du mécanicien, du conducteur de locomotive et du chauffeur, « À la prochaine mes amis ! ». Profondément pieux et modeste, il a souhaité, au moment de mourir, se faire porter dans la salle commune des pauvres de l’hôpital Saint-Joseph.

NRH : Comment vous est venu votre goût pour l’histoire ?

JdC : Le goût de l’histoire, que je raconte au début de mon livre sur Malesherbes, qui vient d’être réédité, m’est venu lors de mes séjours au château du Mesnil qui se trouve dans les Yvelines et que Chateaubriand a évoqué dans Les Mémoires d’Outre Tombe. Ce château appartenait à ma tante la comtesse de Rosanbo, sœur de papa. Sur le piano d’un salon était exposée la fameuse lettre de Malesherbes où il demande à défendre Louis XVI devant la Convention. Je passais mille fois par jour devant cette lettre. Je devais avoir dix ou douze ans, et j’étais fasciné. Cela m’a donné envie de faire du droit et surtout de comprendre son destin. La question que je me suis posée fut la suivante : comment cet homme avait-il eu le courage de s’engager sachant qu’il n’avait aucune chance ? Il n’était pas avocat, ce n’était pas un orateur, ce n’était pas Danton, il boitait et il était déjà âgé. Quelle force habitait cet homme qui avait, entre autres, protégé les Encyclopédistes ? Cela me fascinait. Malesherbes fut guillotiné, ce qui est l’une des grandes fautes de la Révolution.

Dans le Palais de Justice de Paris, on peut toujours voir sa statue érigée par Louis XVIII en 1825, en hommage à cet homme qui n’avait qu’un seul fanatisme, la tolérance. Je dois dire que je suis scandalisé par les manipulations et les occultations dont notre histoire est actuellement victime. On nous parle sans cesse de « devoir de mémoire ». J’attends donc que la République demande enfin pardon pour le génocide vendéen, cette horreur qui a fait près de 300 000 victimes en France.

NRH : Votre père vous a-t-il encouragé à écrire ?

JdC : Oui. Il pensait (et l’avait prouvé !) que le journalisme est une excellente école. Il m’a présenté à Gaston Bonheur, l’un des directeurs de Paris Match. C’était en 1964. J’ai commencé comme secrétaire de rédaction à Marie-Claire, puis reporter – rédacteur à Match, sous l’autorité de très grands professionnels. C’était dur mais passionnant et formateur. Par la suite, je fus appelé comme grand reporter au Figaro Magazine. Je suis donc venu à l’histoire par le journalisme.

J’étais stupéfait, lors de mes reportages hors de nos frontières, par la méconnaissance de mes contemporains sur l’histoire de l’Europe, sa géographie et le passé des grandes familles qui l’avaient illustrée. Je me suis rendu compte que tous les ouvrages classiques sur le sujet étaient déjà anciens. Tout le monde semblait avoir oublié l’Europe. C’était encore l’époque du communisme et du rideau de fer qui la coupait en deux. La majorité des touristes s’intéressaient à l’Asie ; c’était la mode des Chemins de Katmandou…

NRH : Vous avez donc voulu faire redécouvrir les chemins de la vieille Europe.

JdC : Exactement. J’étais certain que l’intérêt pour l’Europe allait revenir. J’ai donc fait un pari sur l’avenir. Grâce à mes reportages, j’ai pu voyager de part et d’autre du rideau de fer. Après sa chute, j’ai continué mais à mon propre compte. Je suis toujours mon propre envoyé spécial. Quand mes personnages bougent, je refais tout leur itinéraire. J’ai ainsi refait tous les voyages de Sissi. J’ai suivi les traces de Louis II de Bavière dans tous ses châteaux, voulant comprendre comment un monarque qualifié de fou avait pu faire ériger de telles merveilles. J’ai refait les pérégrinations de Mozart, les périples de l’Impératrice Eugénie…

NRH : Dans votre œuvre, vous avez constamment souligné les liens de parenté entre les grandes dynasties. N’est-il pas surprenant que cela n’ait pas limité les conflits ?

JdC : En effet, l’Europe fut longtemps une affaire de famille, avec mariages et alliances ce qui n’empêchait pas ces parents de se faire la guerre. C’est ce que je raconte, par exemple, dans La Saga des Habsbourg. Je fus aussi très tôt convaincu que le Traité de Versailles avait été un désastre, qui avait coupé artificiellement l’Europe et détruit l’équilibre millénaire qui reposait sur ses aristocraties et ouvert la voie aux dictateurs qui ont profité des rancœurs et des frustrations engendrées par les illusions de la paix. Je rappelle, dans La Saga des Windsor, ce mot extraordinaire de Lady Astor lors d’un grand dîner à Londres dans les années 1930. Une personne pas très astucieuse lui dit : « Milady, cet Hitler… Je ne comprends pas : il parle pour l’Allemagne, mais il vient d’Autriche. Sait-on au juste où il est né ? » « Hitler ? répondit-elle, il est né à Versailles ! »

NRH : Au début de votre dernier ouvrage La Saga des Windsor, vous rappelez une réalité complètement occultée, à savoir l’ascendance germanique de la couronne britannique.

JdC : Effectivement, depuis le XVIIIe siècle la famille régnante était d’origine allemande. La reine Victoria était une Hanovre, son mari le prince Albert était un Saxe-Cobourg et leur petit-fils George V qui est sur le trône en 1914 est donc un souverain allemand, cousin du Kaiser Guillaume II. Tous deux étaient donc les petits-fils de la reine Victoria et l’on sait que George V parlait l’anglais avec un accent allemand assez prononcé.

NRH : La guerre qui commence en août 1914 fut une catastrophe pour l’Europe entière. Ne fut-elle pas aussi un drame personnel pour la famille royale d’Angleterre ?

JdC : Et comment ! George V est un Saxe-Cobourg, ce qui dans l’atmosphère de nationalisme incandescent de la période est très difficile à assumer. Percevant ce drame vis-à-vis de l’opinion, il prit la décision habile de changer de nom en adoptant pour sa famille celui de Windsor. C’était un excellent choix. Le château de Windsor est associé à l’histoire de l’Angleterre depuis le Haut Moyen Âge, un véritable symbole national, glorifié et aimé par tous les monarques britanniques. Cette décision fit sourire Guillaume II qui eut ce mot : « Je ne savais pas que Shakespeare avait écrit Les Joyeuses commères de Saxe-Cobourg ! ». Il est possible que l’entrée en guerre des États-Unis en avril 1917 ait précipité la décision de George V. Les contingents américains débarquant sur le sol britannique auraient été peu perméables aux subtilités des relations entre les grandes familles européennes…

NRH : À vous entendre, on pourrait conclure que la Première Guerre mondiale entre le Royaume-Uni et l’Allemagne fut un conflit opposant de part et d’autre des souverains allemands.

JdC : Parfaitement. La décision de George V, applaudie par le peuple, a d’ailleurs été très mal vécue par une partie de sa famille, notamment par son fils aîné, le futur Édouard VIII puis duc de Windsor. Il déplorait le reniement de sa parentèle allemande.

NRH : Pensez-vous que les sentiments de ce dernier aient pu jouer un rôle à la fois dans son abdication en 1936 et dans la sympathie gênante qu’il manifesta ensuite à l’égard d’Hitler ?

JdC : Il faut approcher la vérité au plus près. Le futur duc de Windsor, l’éphémère Édouard VIII qui ne régna que neuf mois, était une personnalité fragile et assez superficielle. Les mauvaises langues assurent que sa plus grande fierté était l’invention du nœud de cravate Windsor. C’est un peu réducteur.

Le personnage avait une fibre sociale authentique et forte. Il regrettait foncièrement l’état de conflit instauré entre la Grande-Bretagne et l’Allemagne. Il était certainement favorable à une entente avec le Reich. Il a eu l’occasion de dire au sujet de la déclaration de guerre en 1939 : « Si j’avais été roi, il n’y aurait jamais eu de guerre ». Il faut ajouter que lors du fameux voyage qu’il fit avec sa future épouse Wallis Simpson en Allemagne, c’est Hitler qui, habilement en tira parti pour diviser l’opinion britannique. D’où ses attentions flatteuses à l’égard du couple princier. Le duc de Windsor n’était pas complètement dupe mais plutôt inconscient. C’était pour lui et pour sa femme l’occasion de se venger de ceux qui l’avaient contraint à abdiquer.

NRH : L’abdication d’Édouard VIII, titré duc de Windsor, fut en son temps perçu comme une tragédie nationale, sans précédent. Au-delà de ce séisme, quels en ont été les effets ?

JdC : Je vais vous rapporter le propos, provocant mais juste, d’une dame de l’aristocratie anglaise à la mort de la sulfureuse duchesse de Windsor en 1986 : « Grâce à elle, nous avons eu un excellent roi en la personne de George VI, et une reine remarquable en la personne de sa fille Elizabeth II… ». C’est à retenir au moment où la souveraine fête son jubilé de diamant, ses soixante ans sur le trône…

Propos recueillis par Pauline Lecomte

Crédit photo : Wikinade via Wikimedia (cc)

Repères biographiques

Jean des Cars

Historien, spécialiste des grandes maisons d’Europe, Jean des Cars est l’auteur de Louis II de Bavière (Perrin, 1998), Haussmann (Perrin, 2001), Rodolphe et les secrets de Mayerling (Perrin, 2004), La Saga des Romanov (Plon, 2008), La Saga des Habsbourg (Perrin, 2010), La Saga des Grimaldi (Perrin, coll. Tempus, 2011), La Saga des Windsor (Perrin, 2011). Vient de paraître Malesherbes : Gentilhomme des Lumières (Perrin-Tempus, 2012). Il est également l’auteur du Dictionnaire amoureux des trains (Plon, 2006).

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