La Nouvelle Revue d'Histoire : "L'histoire à l'endroit". Fondée en 2002 par Dominique Venner et dirigée par Philippe Conrad.

La trajectoire météorique de Jeanne d’Arc n’a duré que deux ans. Mais quelle influence sur l'histoire nationale !

Jeanne d’Arc. Histoire et dictionnaire

Jeanne d’Arc. Histoire et dictionnaire

Source : La Nouvelle Revue d’Histoire n°59, mars-avril 2012. Pour retrouver ce numéro, rendez-vous sur la e-boutique en cliquant ici.

Il n’y a pas d’histoire plus connue, il n’y en a pas de plus mystérieuse et de plus admirable.

La trajectoire météorique de Jeanne d’Arc n’a duré que deux ans. Elle arrive à Chinon en mars 1929. Elle est brûlée à Rouen le 30 mai 1431. Entre-temps, elle s’est faite accepter par le méfiant Charles VII et ses rudes capitaines, elle a libéré Orléans (8 mai 1429), puis elle a fait couronner Charles VII à Reims (17 juillet 1429). Contre la volonté du roi qui cherche ensuite une conciliation avec le duc de Bourgogne, elle a continué de batailler. Dès lors, la Providence semble l’abandonner.

Jeanne d’Arc. Histoire et dictionnaire

Jeanne d’Arc. Histoire et dictionnaire

Elle est capturée par les Bourguignons devant Compiègne le 23 mai 1430. Faute d’être secourue par son roi qui refuse de payer la rançon exigée par ses ravisseurs, elle est livrée aux Anglais. Eux ont payé. Ils la feront condamner pour sorcellerie par un tribunal d’Église français présidé par l’évêque de Beauvais, Pierre Cauchon. Les minutes de ce procès révèlent chez Jeanne (19 ans) un incroyable tempérament mystique et insolent.

Pour le 600e anniversaire de la naissance de l’héroïne (1412), la collection Bouquins publie un ouvrage de poids. Dirigé par le grand médiéviste Philippe Contamine, assisté de deux bons connaisseurs de la période. Ce volume comporte une ample relation historique, puis un riche dictionnaire critique.

On sait que l’épopée de Jeanne d’Arc se place à la fin de l’interminable guerre de Cent Ans, commencée le 26 août 1346 par le désastre de Crécy. En ce temps-là, le roi d’Angleterre Édouard III, petit-fils de Philippe le Bel par sa mère, revendiquait le trône de France. Les trois fils de Philippe le Bel étant morts sans descendance mâle, les barons français désignèrent en 1328 un simple neveu de Philippe le Bel, le futur Philippe VI de Valois qui parlait français.

Après Crécy et maints rebondissements, coupés de trêves, le conflit reprit au début du XVe siècle quand le roi d’Angleterre Henri V Lancastre revendiqua les droits de ses prédécesseurs sur la couronne de France. Après avoir débarqué en Normandie, ce prince écrasa l’armée de Charles VI dans la clairière d’Azincourt le 25 octobre 1415.

Le désastre d’Azincourt réveilla des conflits internes provoqués par la folie de Charles VI. Deux partis allaient se former, les « Bourguignons », partisans du duc de Bourgogne, et les « Armagnacs », partisans du dauphin Charles (futur Charles VII).
À la suite de sanglantes péripéties, Philippe de Bourgogne décida de faire alliance avec Henri V Lancastre. Alliance qui aboutit en 1420 au fameux traité de Troyes. Charles VI accordait sa fille Catherine de Valois à Henri V d’Angleterre, dont il faisait son héritier. Par ce même traité, il déshéritait son fils, le dauphin Charles (futur Charles VII), que sa propre mère, Isabeau de Bavière, disait le fruit d’un adultère. Le dauphin refusa de reconnaître le traité de Troyes. À la mort de son père en 1422, soutenu par les Armagnacs, il ralluma la guerre contre les Anglais et les Bourguignons depuis le sud de la Loire. Néanmoins, le « petit roi » sans couronne était rongé par le doute.

C’est là que nous allons retrouver Jeanne d’Arc. Le principal atout du « petit roi » était une femme exceptionnelle trop oubliée par les historiens, Yolande d’Aragon, duchesse d’Anjou, comtesse de Provence, reine de Sicile. Neuf ans plus tôt, en 1413, elle avait obtenu de fiancer sa fille, Marie d’Anjou, au dauphin (âgé de dix ans). Elle abrita l’enfant royal dans ses châteaux angevins et l’éleva comme une vraie mère. En faveur de ce gendre, Yolande tissa un vaste réseau d’intelligences. Ayant ouï parler sur ses terres de Lorraine d’une certaine pucelle qui se disait mandatée par Dieu pour sauver le royaume de France, Yolande d’Aragon s’informa puis soutint de tout son pouvoir l’aventure naissante de l’exceptionnelle Jeanne d’Arc, tant que l’action de celle-ci coïncida avec ses propres desseins, c’est-à-dire jusqu’à Reims. Livrée ensuite à la solitude et à ses ennemis, Jeanne allait pouvoir révéler son héroïque grandeur.

Dominique Venner

À propos de

Jeanne d’Arc. Histoire et dictionnaire. Par Philippe Contamine, Olivier Bouzy, Xavier Hélary, Robert Laffont Bouquins, 1214 p., index, 32 €

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