La Nouvelle Revue d'Histoire : "L'histoire à l'endroit". Fondée en 2002 par Dominique Venner et dirigée par Philippe Conrad.

L’Europe dans sa version bruxelloise peut difficilement faire rêver et les conflits du Kossovo et de Bosnie sont loin d’être apaisés.

Éditorial et sommaire du n°70 (janvier-février 2014)

Éditorial et sommaire du n°70 (janvier-février 2014)

La « poudrière balkanique » toujours actuelle

Demeurée pendant plusieurs siècles sous le joug ottoman, objet des ambitions concurrentes de la puissance russe, de l’empire des Habsbourg, voire de la jeune Italie, surveillée de loin par une Angleterre soucieuse d’y maintenir son influence, la péninsule balkanique a connu une histoire à la fois tragique et compliquée. Les luttes pour l’indépendance, les rivalités opposant les jeunes nations libérées de la domination turque, l’épreuve de la Première Guerre mondiale, l’échec d’une Yougoslavie sous hégémonie serbe, les agressions italienne et allemande, les combats contre l’occupant nazi, les affrontements féroces qui opposèrent les tchetniks serbes de Mihailovic aux partisans de Tito, et les uns et les autres aux Oustachis croates ou aux musulmans ralliés au Reich, tout cela tissa la trame d’un passé sanglant que la stabilisation intervenue dans le contexte nouveau de la guerre froide n’a fait qu’apaiser provisoirement.

Dès 1990, l’éclatement de la Yougoslavie ouvrait en effet un nouveau chapitre, tout aussi douloureux, de l’histoire régionale, dont la Serbie sera la principale victime. Moins de dix ans plus tard, la guerre engagée par l’OTAN, sans autorisation de l’ONU, pour imposer l’indépendance du Kossovo, le foyer originel de la nation serbe, a ouvert la voie à l’installation dans la région d’une puissance américaine déterminée à poursuivre le roll back de la Russie et à se positionner au mieux à proximité de la nouvelle « poudrière » proche-orientale. Au-delà de ce simple épisode, les forces qui commandent la tectonique historique ont redonné à la Turquie, puissance émergente et dynamique désormais désireuse de jouer son propre jeu, une place de premier plan dans la région. Le président turc Erdogan a déclaré – à Prizren, lors d’un récent séjour au Kossovo – que « la Turquie, c’est le Kossovo, et le Kossovo, c’est la Turquie. Nous sommes tous des enfants du même pays, forts et unis comme des frères ». Des propos qui faisaient écho aux paroles prononcées dans les années 1990 par le défunt Suleyman Demirel affirmant que l’espace naturel de la Turquie s’étendait « de l’Adriatique au lac Balkach  ». On peut constater ici comment la longue histoire est à l’œuvre, comment ce qui fut, deux siècles durant, « l’homme malade de l’Europe » avant de se transformer en une République autoritaire moderne et de devenir, après la Seconde Guerre mondiale, face à la menace soviétique, l’allié docile des États-Unis, a retrouvé une volonté de puissance qu’il ne cherche pas à dissimuler. De quoi faire réfléchir les chantres de l’adhésion à l’Union européenne d’un État qui s’inscrit tout naturellement, à la faveur de son essor économique et du chaos proche-oriental, dans les visions « néo-ottomanes » de ses diplomates les plus en vue…

Une fois refermée la parenthèse du XXe siècle, on se retrouve bien loin de la « troisième voie » imaginée par le « non aligné » Tito pour légitimer une dictature qui n’avait rien à envier à celle que subissait alors l’Europe soviétisée. Tout comme les illusions entretenues en Occident à propos de la Bosnie multiethnique ou du Kossovo « démocratique » abandonné en fait aux mafias et aux terroristes de l’UCK.

Fondée sur des principes « démocratiques » invoqués à géométrie variable, sur le droit d’ingérence et le « devoir de protéger », l’entreprise qui, de l’extérieur, a abouti à la recomposition des Balkans dans le seul intérêt de « l’Empire bienveillant » américain n’a en réalité rien réglé du tout.

L’Europe dans sa version bruxelloise peut difficilement faire rêver et les conflits du Kossovo et de Bosnie sont loin d’être apaisés. Ce qui confirme l’impératif – avant toute appréciation de la situation dans cette région hautement sensible – d’une approche historique et géopolitique seule en mesure de fournir les clés de l’intelligence du passé et des évolutions à venir.

Philippe Conrad

Courrier des lecteurs
Éditorial

Le “poudrière balkanique” toujours actuelle. Par Philippe Conrad

Actualité de l’histoire
  • Entretien avec Jean-Pierre Arrignon
  • La chronique de Péroncel-Hugoz
Portrait/Entretien

Commémoration du centenaire de 1914. Entretien avec le général André Bach. Propos recueillis par Pauline Lecomte

Découvertes
  • Gaston d’Orléans, un adversaire de Richelieu. Par Emma Demeester
  • Michel de Nostredame, un médecin des âmes. Par Rémi Soulié
  • L’avènement et le triomphe du marché. Par André Cubzac
  • L’aventure française au Sahara. Par Jean Kappel
  • Quand la France était en Syrie. Par Pierre de Meuse
  • Le septennat de Giscard d’Estaing. Par Yves Nantillé
  • Jeu. Gaston d’Orléans et son temps. Par Emma Demeester
Dossier. La poudrière des Balkans
  • Présentation du dossier
  • Histoire des Balkans. Par Philippe Conrad
  • Les guerres balkaniques de 1912-1913. Par Tancrède Josseran
  • Les conflits balkanniques et la politique britannique. Par Gérard Hocmard
  • 1914-1915. La Serbie dans la guerre. Par Philippe Conrad
  • L’Armée d’Orient (1915-1919). Par Rémy Porte
  • L’échec du royaume yougoslave. Par Yves Morel
  • L’État oustachi de Croatie. Par Martin Benoist
  • Le combat perdu des tchetniks. Par Frédéric Le Moal
  • Churchill et les résistances yougoslave et grecque. Par Thierry Buron
  • Yougoslavie : une désintégration programmée. Par Alexis Troude
Livres

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