La Nouvelle Revue d'Histoire : "L'histoire à l'endroit". Fondée en 2002 par Dominique Venner et dirigée par Philippe Conrad.

L'un de nos meilleurs historiens militaires revient sur son parcours et sur les enjeux des commémorations de la Grande Guerre.

Général André Bach, la commémoration du centenaire de 1914

Général André Bach, la commémoration du centenaire de 1914

Source : La Nouvelle Revue d’Histoire n°70, janvier-février 2014. Pour retrouver ce numéro, rendez-vous sur la e-boutique en cliquant ici.

Saint-Cyrien, diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris, docteur en histoire, le général André Bach a effectué sa carrière militaire dans les unités parachutistes, comme professeur à l’École supérieure de Guerre et à la tête du Service historique de l’armée de Terre de Vincennes. Il a notamment publié Fusillés pour l’exemple 1914-1915 (Tallandier, 2003) et Justice militaire 1915-1916 (Vendémiaire, 2013).

La Nouvelle Revue d’Histoire : Avant de vous imposer comme l’un des meilleurs spécialistes de la Première Guerre mondiale, vous avez d’abord effectué une brillante carrière militaire comme officier parachutiste. Quelles ont été les étapes de votre parcours et l’origine de votre vocation pour l’histoire ?

Général André Bach : Jeune lycéen très attiré par l’histoire, je souhaitais m’orienter vers la diplomatie. Puis un officier encadrant la préparation militaire parachutiste m’informa de l’existence d’une option « histoire-géographie » au concours de Saint-Cyr, qui ouvrait aussi des possibilités de découvrir le vaste monde. Je n’ai pas été déçu car nous avons eu à Coëtquidan, en la personne d’Henry Contamine, un excellent professeur d’histoire militaire qui ne donnait pas dans l’image d’Épinal quand il nous commentait les carnets secrets du maréchal Fayolle qu’il venait de faire publier. La lecture du livre de Guy Pedroncini consacré aux mutineries de 1917 fit le reste et confirma mon intérêt pour l’histoire.

Plus tard, l’armée m’envoya parfaire ma formation à Sciences-Po et à la Sorbonne, où j’obtins une maîtrise d’histoire. Trois ans de professorat à l’École supérieure de guerre, comme chef du cours Stratégie-Histoire me conduisirent ensuite, en 1997, à la tête du Service historique de l’armée de Terre (SHAT) à Vincennes, après des passages au Service d’information et de relations publiques des armées et au cabinet du chef d’état-major des armées.

NRH : Pour quelles raisons vous êtes-vous intéressé à la Grande Guerre ?

AB : Ce fut la conséquence de mon affectation à Vincennes. Au début de ma carrière, je m’étais spécialisé dans l’étude de l’entre-deux-guerres en m’interrogeant sur les raisons de la défaite de 1940, et mon mémoire de maîtrise portait sur le premier attaché militaire envoyé en URSS en 1933. Au SHAT, j’ai découvert l’énorme volume d’archives, alors peu consultées, qui portaient sur la Première Guerre mondiale. Je me suis dès lors passionné pour ce conflit, son déclenchement, la manière dont il fut conduit et sur ses conséquences. J’ai découvert la richesse des fonds privés déposés par un grand nombre d’officiers et compris alors que ce que j’avais enseigné jusque-là comportait bien des poncifs paresseusement répétés depuis des décennies.

NRH : Quel bilan peut-on établir de l’évolution de l’historiographie de 14-18, des lendemains de la guerre aux recherches les plus récentes ?

AB : Je ne développerai pas cet aspect car il est très bien traité dans l’excellent ouvrage coécrit par Antoine Prost et Jay Winter, Penser la Grande Guerre (Seuil, 2004).

NRH : Parmi les grands sujets de débat, celui de la « responsabilité » demeurait inabordable au lendemain de la guerre ou après 1945, tant les épreuves subies interdisaient une approche mesurée et impartiale. Qu’en est-il aujourd’hui ?

AB : En France, les travaux d’Isaac et de Renouvin n’ont guère été revisités. Les remises en cause viennent de l’étranger avec, par exemple, une contestation de « l’innocence » du gouvernement français chez l’historien allemand Stefan Schmidt (1). Il faut citer aussi Sean McMeekin qui, dans deux ouvrages issus de l’exploitation des archives russes (2), développe la thèse d’une Russie boutefeu. Cette dernière, obsédée par Constantinople, aurait été assurée qu’elle sortirait victorieuse d’une confrontation armée avec l’Autriche-Hongrie pour le partage des dépouilles ottomanes, à condition que la France neutralise l’Allemagne en l’occupant à l’ouest. Du fait de l’absence des procès-verbaux des entretiens franco-russes de juillet à Saint-Pétersbourg, l’auteur laisse supposer un accord tacite français aux approches aventureuses – voire irresponsables ? – des Russes.

NRH : Au cours des dernières décennies, on a privilégié, non sans raison, l’étude des simples combattants supposés partagés entre le « consentement » et la « contrainte ». Cette approche n’est-elle pas réductrice et d’autres secteurs de recherche n’ont-ils pas été délaissés ?

AB : L’Université française a le chic pour s’embarquer dans des débats aussi inintéressants que vains. Évacuons tout de suite l’idée absurde que des millions d’hommes ne se seraient battus pendant 4 ans que sous la peur des gendarmes.
Le mot « consentement » est piégé. Contrairement à l’adhésion, il laisse supposer une contrainte. On est là dans le domaine des sentiments, des impressions. Ce ne sont pas des états. Ils ne se manifestent que par fulgurances et il faut laisser les romanciers scruter l’âme humaine. L’organisation sociale conditionne une grande partie des actions individuelles.

En France, on scrute l’impact de la guerre sur des hommes confrontés à ce qui est assimilé à une catastrophe naturelle analogue à un tsunami, sans comprendre qu’elle est d’une tout autre nature. Le fait que ce soit une activité humaine, fondée sur des calculs, menée par des acteurs étatiques qui y engagent toutes les ressources des nations, ne semble pas beaucoup intéresser les chercheurs. Depuis le livre majeur de Georges-Henri Soutou, L’Or et le Sang (3), qui montre le capitalisme à l’épreuve de la guerre, on a peu de choses stimulantes à consulter. Je signale toutefois la parution d’un livre aussi important, celui de Pierre-Yves Hénin, Le Plan Schlieffen. Un mois de guerre. Deux siècles de controverses (4), qui fait l’effet d’une goutte d’eau dans le désert qu’est l’étude de l’histoire militaire en France. L’auteur, ce qui est rare, a quitté le franco-français et s’est nourri des recherches anglo-saxonnes et allemandes.

Il est surprenant de constater l’absence, en France, d’études sérieuses sur l’institution militaire en temps de guerre. On exploite les carnets de simples combattants, mais on omet de décrire l’institution, d’analyser comment elle s’assure de l’obéissance des hommes, de s’intéresser au processus de formation de ceux qui la dirigent ou aux rapports de pouvoir qui se tissent entre eux et la classe politique. On nous rétorque que le pays a été saturé d’histoire militaire entre les deux guerres et que tous les chefs ont rédigé leurs mémoires. Mais on ignore que, dès 1920, ordre a été donné aux acteurs militaires de ne publier qu’après autorisation. Ce qui fait que, cent ans plus tard, notre représentation du conflit repose dans une large mesure sur des images d’Épinal, un roman national forgé dès la fin de la guerre par une collusion militaro-politique qui a figé la vision jacobine d’une union sacrée derrière des chefs omniscients tels que Joffre ou Foch. Quant aux acteurs intermédiaires (200 000 officiers pendant ce conflit, avec de l’ordre de 6 à 700 000 sous-officiers, ce chiffre est à comparer avec l’encadrement de nos armées d’aujourd’hui), rien ne transparaît du rôle qu’ils ont pu jouer, à moins d’imaginer qu’ils n’ont été que des courroies de transmission, mécaniques et passives, d’ordres venus de plus haut. On en sait pourtant beaucoup sur eux.

À Vincennes, les fonds privés de ces cadres, interdits après-guerre de publier leurs expériences, se sont entassés et sont demeurés jusqu’ici inexploités. Quand on les lit, on ne peut continuer à colporter l’histoire anesthésiante dans laquelle on baigne depuis un siècle. Les massacres initiaux de la bataille des Frontières, en août 1914, prennent un aspect autrement tragique quand on dissèque les actions au niveau des différentes unités. Le stupéfiant limogeage de plus de 150 généraux au cours du premier mois de guerre (on n’en verra l’équivalent que dans l’armée soviétique) trouve des réponses inattendues dans les correspondances privées entre généraux. Du fait de la censure et de l’absence de contre-pouvoirs, la vérité de la guerre a été, et demeure, faute d’un inventaire critique d’une ampleur suffisante, celle qui sortait du communiqué. Il serait temps de s’interroger à propos de celui ou de ceux qui en maîtrisaient la rédaction.

C’est le rôle de l’historien de ne pas se satisfaire des représentations convenues et d’aller au contact des archives, dont il y a pléthore. Beaucoup de combattants de la Première Guerre mondiale, sachant écrire, ont pu raconter leur expérience, ce qu’ils ont fait ou vu, et ce qui leur a été rapporté. Leur masse et leur dispersion firent que ces témoignages demeurèrent longtemps inexploités. Mais les toutes dernières décennies, marquées par l’intervention de la « Fée Électronique » et le recours à la numérisation, ont heureusement vu se démultiplier les recherches.

Les historiens commencent tout juste à mesurer l’ampleur du lent mouvement souterrain qui s’est mis en route – un engouement qui mériterait d’être analysé en profondeur – et qui a poussé un nombre grandissant de gens de tous âges ou professions, en activité ou en retraite, à s’intéresser au premier conflit mondial. Insatisfaits de la production « officielle », ils ont entrepris de retrouver, par eux-mêmes et dans les archives, les réalités de cette guerre qui, plus que tout autre événement, est demeurée une « affaire de famille » dont la mémoire est rarement heureuse.

Dans le rapport rédigé par Antoine Prost en 2013 à propos des soldats fusillés, ces nouveaux chercheurs sont dénommés « militants mémoriels férus d’histoire ». Ils sont en marge de la recherche universitaire, publient peu mais chassent en bandes, mettant en commun leurs connaissances et compétences. D’où la floraison de blogs sur lesquels, dans une ambiance d’émulation et de goût du partage, une formidable acquisition de connaissances s’effectue hors des grands médias institutionnels. Ils apportent à l’histoire militaire, parente pauvre de l’histoire officielle, un nouveau souffle, en exploitant des centaines de pages d’ordres, comptes rendus, ou états des pertes afin d’établir des synthèses partielles, très utiles pour saisir l’action des corps et des cadres intermédiaires. Lors de la numérisation des Journaux de marche et d’opérations (JMO), ces traqueurs d’archives se sont jetés sur cette manne et ne cessent de l’exploiter pour recouper d’autres informations. Ils sont en train de faire de même avec les 110 volumes des Armées françaises dans la Grande Guerre, issus de l’immense travail accompli entre les deux guerres par les officiers historiens du Service historique de l’armée.

Jusqu’ici difficiles d’accès, ces volumes étaient souvent dédaignés par les chercheurs qui, pour la plupart, y voyaient un instrument de propagande. Or, chose rare dans les productions officielles, les récits, rédigés par les officiers historiens en charge de ce travail, s’appuient sur des sources publiées en annexes. Si on a quelque défiance envers les textes, on ne peut en avoir face aux documents d’accompagnement. Les nouveaux chercheurs ne s’y sont pas trompés et ont suivi avec attention la numérisation de ces ouvrages, entreprise qu’ils attendaient depuis longtemps.

NRH : Vous avez entrepris, quarante ans après le regretté Guy Pedroncini, un travail d’une envergure exemplaire sur « Les fusillés de la Grande Guerre », déjà réalisé pour la période 1914-1916. Vous travaillez actuellement sur la crise de la discipline de 1917. Que pensez-vous de la polémique relative à la « réhabilitation », réclamée par certains, des mutins ou des déserteurs qui ont été exécutés ?

AB : Je ne participe pas à cette polémique. Il est de fait que le sujet est sensible car il relève plus de la mémoire que de l’histoire. Sur ces sujets, le pire demeure la méconnaissance de la réalité. Je milite donc pour l’ouverture de toutes les archives relatives à cette question, de telle sorte que chacun puisse se faire une opinion solidement étayée. C’est rendu possible par la numérisation et, le 7 novembre, le président de la République semble avoir opté pour cette solution. Il y a une forte demande d’en savoir plus sur ces événements dont les archives ont été conservées. Publions-les en ligne…

NRH : Quelle a été l’ampleur des exécutions au regard des pertes françaises au cours du conflit ?

AB : Le nombre est faible (proche de 700) – alors que les pertes françaises au cours du conflit s’élèvent à une moyenne de 900 tués par jour – mais ce n’est pas le nombre qui engendre la demande sociale. L’opinion, sans connaissance des dossiers, soupçonne une justice mal rendue et c’est ce qui explique cette curiosité de savoir ce qui s’est réellement passé. La mémoire est une reconstruction en permanence du passé, et les historiens ont le devoir de tout faire pour donner les éléments historiques de compréhension, à base de faits et de chiffres.

NRH : Certaines injustices flagrantes, souvent suivies de réhabilitations, n’ont-elles pas été commises ?

AB : La justice militaire, en temps de guerre, était régie par une loi du 18 mai 1875 (votée donc par le Parlement), complémentaire du Code de justice militaire de 1857, qui affirmait dans son préambule : « L’instruction pourra être aussi sommaire qu’on le jugera convenable et les formalités ordinaires ne seront remplies que si on a le temps de les appliquer. » Vous comprendrez aisément qu’avec de telles libertés d’appréciation, l’application de cette justice – administrée « sous stress », au milieu des combats, par ceux qui les menaient – empêche de soutenir que l’erreur judiciaire était impossible. Cela étant, tout se passant sous les yeux de tout le monde, l’absence d’instruction préalable était moins préjudiciable que dans la justice civile. La majorité des condamnés sont en effet coupables de ce qu’on leur reproche. La question est de savoir si une telle culpabilité devait les priver de la vie de manière aussi ignominieuse.

En bref, si on excepte les auteurs de crimes de sang dont on a conservé les dossiers, mais que je ne classe pas dans les fusillés pour l’exemple, restent en réalité deux grandes familles de fusillés, celle de ceux que j’appelle les « broyés du système » dépassés par les événements, et celle des déserteurs chroniques dont la réhabilitation me gêne tant qu’il existera des citoyens sous l’uniforme, conscrits ou engagés, susceptibles d’être jetés dans une guerre sur ordre de la représentation nationale. Cent ans après, je ne vois aucun obstacle d’accorder à ces derniers un pardon, compte tenu du temps passé, du caractère impitoyable et de la durée de cette guerre, mais je réserverai aux premiers la levée publique des condamnations, et donc la réhabilitation, pour apaiser la mémoire des familles qui en perdant leur aïeul ont été, en plus, symboliquement rejetées de la communauté nationale.

NRH : Quel regard portez-vous sur la place actuelle de l’histoire militaire dans la recherche ?

AB : Elle est insuffisante. L’histoire militaire est même absente du débat entre histoire sociale et histoire des mentalités. On ne peut pourtant accéder à ce domaine qu’en tenant compte de ces deux approches. Il faut étudier l’organisation de l’armée, son fonctionnement bureaucratique, en analyser les logiques et les conséquences qui en découlent. Mais il faut prêter tout autant attention aux récits des combattants de tous grades. La guerre est le domaine de l’« impressionnabilité », un monde où chacun – pour survivre malgré les fatigues physiques et psychiques – se forge une représentation de la réalité qui n’en est qu’une projection tout à fait subjective et déformée. Dans ce mode de survie, les relations humaines sont fatalement autres et les comportements sont davantage régis par des codes anthropologiques venus du fond des âges que par le contrat social.

L’Université ne dispose plus de spécialistes de cette question depuis la disparition de Guy Pedroncini. Ceux qui ont essayé de suivre sa voie ont pu constater que cela leur fermait la porte de la notoriété, y compris pour des chercheurs de l’envergure d’un François Cochet, d’un Jean-Charles Jauffret, d’un Jacques Frémeaux, voire d’un Georges-Henri Soutou, qui n’ont pu faire école. En histoire politique, on analyse les règles de fonctionnement des institutions, le parcours des acteurs, l’interaction avec la société. On est bien moins curieux pour le volet militaire de la guerre de 14-18, la répétition des images d’Épinal contentant ceux qui travaillent sur les autres aspects de cette guerre.

Pour en savoir un peu plus, il faut se tourner le plus souvent vers les historiens anglo-saxons ou allemands. Ils traitent davantage des activités de leurs armées respectives, mais il est significatif que le premier livre non hagiographique sur le maréchal Foch, Foch in Command (5), soit l’œuvre d’une historienne australienne, Elizabeth Greenhalgh, actuellement occupée à la rédaction d’une Histoire de l’armée française en 1914-1918 qui lui a été commandée par Cambridge University Press. On peut noter à ce sujet que l’excellent Foch de Jean-Christophe Notin (6) a été délibérément ignoré par la critique universitaire…

Les historiens militaires ont longtemps pallié ce défaut d’intérêt, préjudiciable à la formation que l’histoire a traditionnellement assurée aux cadres de notre armée, mais leur nombre s’est amenuisé, en proportion de la réduction des effectifs. On les retrouve au Service historique de la Défense. Docteurs en histoire ou doctorants, ils contribuent à la formation des stagiaires de l’École de guerre tout en exploitant la masse impressionnante d’archives conservées à Vincennes. La qualité de leur enseignement tient au fait qu’il est dispensé, non sous une forme didactique par trop convenue, mais sous forme de restitution des recherches en cours.

Or, il faut bien constater que, lors du nécessaire regroupement des services historiques des trois armées et de la gendarmerie, un énorme malentendu s’est établi. On a mis le nouveau Service historique des armées sous la tutelle d’un organisme dont la fonction n’intégrait pas la recherche historique, dans la mesure où il devait se consacrer exclusivement à la « mémoire », au patrimoine et à la conservation des archives. Le résultat s’est révélé très dommageable pour la recherche dans le domaine de l’histoire militaire. Le groupe des chercheurs s’est ainsi retrouvé sous la tutelle d’un conservateur du patrimoine, responsable du Centre historique des archives (CHA) dont la mission évidente est de valoriser les archives anciennes, non de se préoccuper des enjeux de la recherche en matière d’histoire militaire. Les chercheurs ont donc été en partie mobilisés pour la valorisation des archives, ce qui a conduit, au cours des dernières années, au dysfonctionnement de la recherche et au gaspillage du potentiel humain disponible.

Je suis témoin du fait que le dernier général parti cet été a, dès son arrivée, cherché à alerter sur la mise en chantier nécessaire d’études sur 14-18 et que cela lui a été refusé. Une décision incompréhensible quand on sait le nombre d’années qu’il faut pour faire aboutir une recherche de qualité. Un projet de publication visant à présenter l’état de la recherche sur la bataille des Frontières et la Marne, et utilisant les compétences des chercheurs des trois armées et de spécialistes britanniques et allemands a été jugé inopportun et rejeté sans explications. Incompréhensible pour des chercheurs chargés de la formation de nos cadres dont on semble mettre en doute les compétences et l’intérêt de leurs recherches les plus récentes. Surprenante – quand on sait combien ces premières batailles correspondent à une représentation d’Épinal mémorielle dont la perpétuation est souvent un affront à l’histoire – cette mesure doit être rapportée.

Reste la question de fond. L’erreur de gouvernance, qui a confié à un organisme de simple gestion une filière de recherche en mesure de pallier les insuffisances de l’Université, doit être prise en compte. Une étude a été demandée par le ministre de la Défense pour stopper enfin cette spirale mortifère pour la recherche. J’ai donc bon espoir mais, en attendant, les armées ont, par défaut d’anticipation, raté leur rendez-vous historique avec la commémoration du centenaire de 1914.

Propos recueillis par Pauline Lecomte

Crédit photo : DR

Notes

  1. Stefan Schmidt, Frankreichs Aussenpolitik in der Julikrise 1914. Ein Beitrag zur Geschichte des Ausbruchs des Ersten Weltkrieges, Oldenbourg Verlag, Munich, 2009.
  2. Sean McMeekin, The Russian Origins of the First World War, Harvard University Press, 2011, et July 1914. Countdown to War, Basic Books, 2013.
  3. Georges-Henri Soutou, L’Or et le Sang, Fayard, 1989.
  4. Pierre-Yves Hénin, Le Plan Schlieffen. Un mois de guerre. Deux siècles de controverses, Economica, 2012.
  5. Elizabeth Greenhalgh, Foch in Command, Cambridge University Press, 2011. Foch, chef de guerre, Tallandier, 2013.
  6. Jean-Christophe Notin, Foch, Perrin, 2008.

Repères biographiques

André Bach

Saint-Cyrien, diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris, docteur en histoire, le général André Bach a effectué sa carrière militaire dans les unités parachutistes, comme professeur à l’École supérieure de Guerre et à la tête du Service historique de l’armée de Terre de Vincennes. Il a notamment publié Fusillés pour l’exemple 1914-1915 (Tallandier, 2003) et Justice militaire 1915-1916 (Vendémiaire, 2013).

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