La Nouvelle Revue d'Histoire : "L'histoire à l'endroit". Fondée en 2002 par Dominique Venner et dirigée par Philippe Conrad.

C'est là où se rencontrent diverses disciplines - géographie, démographie, histoire et géopolitique - que Gérard-François Dumont porte sa réflexion, au plus près des mutations en cours.

Gérard-François Dumont, l'histoire et la démographie

Gérard-François Dumont, l’histoire et la démographie

Source : La Nouvelle Revue d’Histoire n°72, mai-juin 2014. Pour retrouver ce numéro, rendez-vous sur la e-boutique en cliquant ici.

Le recteur Gérard-François Dumont est professeur à l’université de Paris-Sorbonne. Auparavant membre de section du Conseil économique et social, expert auprès du Comité économique et social européen, il dirige la revue Population & Avenir et est administrateur de la Société de Géographie. Parmi plus de cinq cents publications, figurent notamment les ouvrages Géopolitique de l’Europe (Sedes), Les racines de l’identité européenne (Economica) ou encore Démographie politique. Les Lois de la géopolitique des populations (Ellipses).

La Nouvelle Revue d’Histoire : Quels ont été les origines de votre vocation, de votre formation et de votre itinéraire intellectuel ?

Gérard-François Dumont : Il faut les rechercher dans la Creuse, à La Souterraine, quand je m’interrogeais, à douze ans, sur le dépeuplement de la région limousine. Mes études m’ont conduit ensuite à une licence de sciences économiques et à l’Institut d’administration des entreprises de l’université de Poitiers, puis à Sciences-Po Paris et à un doctorat ès sciences économiques. Investi ensuite dans la vie professionnelle, j’ai eu la chance de rencontrer Alfred Sauvy et Pierre Chaunu, et j’ai publié La France ridée qui a rencontré un important écho.

Alfred Sauvy m’a ensuite demandé de diriger son séminaire au Collège de France et conseillé de passer de l’entreprise privée à l’université. J’ai ainsi été élu professeur à l’université de Paris-Sorbonne (Paris IV), avant d’être nommé recteur de l’académie de Nice. Une fois cette mission accomplie, j’ai regagné la Sorbonne pour y enseigner et y poursuivre mes recherches. Jacques Dupâquier a souhaité ensuite que je lui succède pour faire de la revue Population & Avenir (1) une référence dont la notoriété s’est considérablement accrue en France et dans le monde.

NRH : Aujourd’hui, comment appréciez-vous la place qui revient à l’école française de démographie, illustrée par Alfred Sauvy, Pierre Chaunu ou Jacques Dupâquier qui, dès notre premier numéro, donna un « grand entretien » à La Nouvelle Revue d’Histoire ?
G-FD : Les trois grands professeurs que vous citez sont effectivement mes maîtres, même si je n’ai jamais été formellement ni leur élève ni leur collaborateur. C’est donc dans le cadre de relations d’amitié que j’ai pu bénéficier de nombreux échanges avec eux, allant jusqu’à des conférences ou des publications communes. Ces hommes laissent une œuvre monumentale et ils ont occupé, de leur vivant, une place considérable, au niveau international, dans les progrès de la démographie historique.

Pourtant, ils sont, dans une certaine mesure aujourd’hui, « au purgatoire ». Plusieurs décisions publiques de ces dernières années n’ont pas favorisé une meilleure diffusion de leurs travaux. C’est pourquoi je viens de créer, avec des moyens fort modestes, une « Association Alfred Sauvy » visant la promotion et la poursuite de son œuvre. Les spécialisations universitaires toujours plus étroites omettent trop souvent l’interdisciplinarité que pratiquaient ces grands maîtres.

NRH : Économiste de formation, devenu géographe, démographe, vous avez défini, au début des années 1980, une nouvelle discipline que vous avez nommée « démographie politique ». On sent chez vous la volonté de « coller » au plus près aux profondes mutations que connaît le monde en ce début du XXIe siècle.

G-FD : Au fil de l’histoire de la pensée, que l’on lise Platon, Machiavel ou Fénelon, la prise en compte, pour comprendre le monde, des données démographiques apparaît indispensable. L’avènement de l’ère nucléaire a fait qu’elles ont été négligées. Or, il m’est apparu qu’il fallait se centrer sur les fondements de la géopolitique, c’est-à-dire sur l’ensemble des conditions géographiques (milieux naturels, facteurs humains et économiques) qui déterminent les situations, l’action des États ainsi que leurs relations. Au début des années 1980, j’ai défini une discipline spécifique que j’ai dénommée la démographie politique. J’ai pu ainsi, en m’appuyant sur de nombreuses périodes historiques dans de nombreux pays du monde, définir dix lois de la géopolitique des populations (2) et montrer que toute analyse d’une question passée ou actuelle (Sahel, Chine, Taiwan, Ukraine, Syrie, Crimée…) qui se prive des apports de la science démographique demeure incomplète.

NRH : Vous rendez compte des grands bouleversements qui affectent la démographie mondiale. Pouvez-vous nous résumer les nouveaux rapports de forces qui sont en train de s’établir ?

G-FD : Parmi les bouleversements en cours, nous constatons qu’au niveau des pays milliardaires en habitants, la Chine et l’Inde, les rangs pourraient s’inverser. Sous l’effet de la politique démographique coercitive dite « politique de l’enfant unique », la fécondité de la Chine a accentué sa baisse et cette politique a surtout engendré, du fait de la préférence accordée aux garçons, un déficit de femmes (3) qui minore la capacité de reproduction du pays. En revanche, la population de l’Inde conserve une fécondité plus élevée et le déficit de filles y est moindre.

L’évolution inverse entre une Inde en croissance démographique continue et une Chine atteignant un maximum de 1,462 milliard d’habitants vers 2033 avant de voir ce chiffre baisser, donnerait à l’Inde la première population du monde. C’est au nom de son poids démographique que ce pays a déposé en 2003 une demande pour devenir membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU. Il use par ailleurs à des fins géopolitiques de ses diasporas (4).

NRH : Vous constatez le recul relatif du poids démographique de l’Europe. Quelles en ont été les étapes et comment expliquer cette « peste blanche » analysée par Pierre Chaunu et Georges Suffert dès 1972 (5) ?

G-FD : Le recul relatif du poids démographique de l’Europe dans le monde introduit une rupture historique : l’Europe perd au XXIe siècle sa nature ancienne de troisième grand foyer de peuplement du globe, après l’Asie orientale et le sous-continent indien. Elle a toujours représenté plus de 10 % de la population dans le monde et même plus de 15 % à trois reprises, dans les premiers siècles de l’ère chrétienne, aux XIIIe et XIVe siècles, avant la peste noire, et à la fin du XIXe siècle.

Or, au cours des années 2010, l’Europe passe en dessous d’un dixième des habitants de la terre, ce qui n’était jamais arrivé auparavant. Et la part de l’Europe semble appelée à poursuivre sa diminution, selon les projections moyennes de l’ONU, pour tomber à 7,7 % en 2050, notamment en raison de son entrée, au milieu des années 1970, dans ce que j’ai appelé un « hiver démographique », soit une fécondité nettement et durablement inférieure au seuil de remplacement des générations (6).

NRH : Quelles réflexions vous inspire la situation démographique de la Russie ?

G-FD : Pour comprendre la situation de la Russie, il convient de rappeler que ce pays possède, de très loin, la plus grande superficie au monde, et que son président Vladimir Poutine a déclaré le 8 juillet 2000 : « Un pays aussi vaste [que la Russie] devrait avoir au moins 500 millions d’habitants. » Pourtant, en 2014, la Russie n’en a que 143 millions et les espoirs de Poutine risquent d’être déçus.

Depuis 1992, année où la population de la Russie a atteint son maximum de 148,3 millions d’habitants, elle a diminué presque chaque année en raison d’une fécondité d’« hiver démographique ». En outre, la Russie a un taux de mortalité relativement élevé avec un taux de mortalité infantile double de celui de l’Union européenne. Dans toutes les hypothèses établies par l’ONU, la population de la Russie ne retrouvera pas à l’horizon 2050 son niveau du début des années 1990. S’ajoutera la baisse escomptée de la population active, qui limitera la valorisation des richesses du pays, d’autant que la natalité s’affaiblit aussi en Asie centrale, pourvoyeuse de travailleurs immigrés.

La dépopulation et le vieillissement de la Russie ont des retombées sur ses relations avec la Chine. Le poids démographique relatif des Chinois dans le district fédéral de l’Extrême-Orient russe (7) augmente, et les Russes craignent que la Chine ne repeuple les territoires annexés par la Russie à la fin du XIXe siècle, prélude à leur retour à la Chine.

NRH : Comment analysez-vous l’évolution du poids démographique de l’Afrique, notamment dans sa composante subsaharienne, depuis le milieu du XXe siècle ? Cette forte croissance démographique sera-t-elle un atout ou un handicap ?

G-FD : La croissance de la population africaine s’inscrit dans le modèle de la transition démographique, qui voit une population passer d’un régime de mortalité et de natalité élevées à un régime de basse mortalité, puis de faible natalité. Or, comme l’Afrique a vu se développer la révolution médicale sur une période brève par rapport à l’Europe qui l’a initialement réalisée, la multiplication de la population est aussi rapide qu’impressionnante. La projection moyenne des Nations unies table sur un doublement de la population de l’Afrique dans la première moitié du XXIe siècle : ce n’est pas impossible, mais cela suppose une amélioration des conditions sanitaires et de l’alimentation. Il faut aussi considérer les fortes disparités de peuplement, la diversité des régimes démographiques des différents pays et les conditions de gouvernance influant sur les dynamiques de population.

NRH : Quelles seront, selon vous, les conséquences géopolitiques prévisibles de l’essor démographique du Mexique et de la part grandissante prise par les « latinos » dans la population des États-Unis ?

G-FD : Sur ces points, deux conséquences géopolitiques sont déjà acquises. La première est que la doctrine Monroe, selon laquelle les États-Unis considèrent l’Amérique latine comme leur protégée, doit être considérée comme dépassée. La population du Mexique, qui équivalait en 1950 à 18 % de celle des États-Unis, en représente désormais 37 %. En ajoutant à cette population la diaspora mexicaine aux États-Unis, les habitants de l’ensemble États-Unis-Mexique se considérant, au moins pour une part, d’identité mexicaine, sont 153 millions, soit 48 % de l’ensemble États-Unis-Mexique.

En second lieu, le double succès électoral d’Obama s’est largement appuyé sur le vote hispanique, qui a très largement échappé à ses concurrents républicains, John McCain en 2008 et Mitt Romney en 2012. Toutefois, je ne partage pas l’analyse de Samuel Huntington qui, dans son dernier livre Qui sommes-nous ? Identité nationale et choc des cultures, considère que le fait majeur et, selon lui, inquiétant de l’évolution des États-Unis est son hispanisation qui viendrait détruire les valeurs héritées des WASP (white anglo-saxon protestant). En effet, compte tenu de la multiplicité des autres immigrations que connaissent les États-Unis, la compréhension de l’évolution de ce pays m’a conduit à proposer un nouveau concept, celui d’« État-Monde », définissant un État composé d’un ensemble de minorités originaires de tous les continents. Le défi (8) que les États-Unis doivent donc désormais relever est celui de la préservation de leur cohésion nationale, en s’appuyant notamment sur leur modèle institutionnel fondé sur le fédéralisme.

NRH : Quelles seront les retombées géopolitiques en Asie orientale du vieillissement actuel et annoncé des populations japonaise et chinoise ?

G-FD : La caractéristique du vieillissement des populations japonaise et chinoise est son intensité, déjà constatable au Japon et qui va, en quelques décennies, conduire la Chine à un âge médian supérieur à celui de l’Europe ou des États-Unis. En conséquence, la région Chine-Japon est la seule au monde qui, avec l’Europe, pourrait connaître, selon la projection moyenne, une diminution de population à l’horizon 2050. En Chine, l’insuffisance des mécanismes pour satisfaire les besoins de ce que j’appelle la gérontocroissance, donc l’augmentation considérable du nombre des personnes âgées, pourrait engendrer, vis-à-vis du parti unique, un mécontentement social. Comme au Japon, la Chine pourrait être tentée d’essayer d’apaiser ce mécontentement en instrumentalisant dangereusement les sentiments nationalistes. D’autres tensions sont également exacerbées en Asie orientale par le déficit de filles qui affecte la Chine et conduit à « l’achat » de femmes dans des pays voisins, ainsi le Vietnam. Le scénario d’une Asie orientale apaisée dans le cadre d’un partenariat associant la Chine avec ses voisins semble ainsi difficile à envisager.

NRH : Vous avez montré, dans un entretien récent donné au Figaro, que la France n’était devenue que récemment une terre d’immigration. Pouvez-vous rappeler les étapes de cette évolution et évaluer les conséquences prévisibles de l’immigration de masse en cours depuis plusieurs décennies pour la France et l’Europe, un phénomène jugé inéluctable par certains ?

G-FD : Les travaux de démographie historique enseignent que la France, pendant la plus grande partie du deuxième millénaire, n’est nullement un pays d’immigration. L’arrivée d’éléments extérieurs, le plus souvent des commerçants, reste très limitée et temporaire. Les immigrés qui demeurent en France représentent « peu de monde, même si de grands noms comme ceux de Léonard de Vinci ou de Necker ont pu parfois laisser croire le contraire » (9).

Au milieu du XIXe siècle, la France devient un pays d’immigrations provenant des pays limitrophes. Jusqu’au recensement de 1901, les Belges recensés sur le territoire français occupent la première place parmi les étrangers puis ils sont dépassés dès 1906 par les Italiens. Après la guerre de 1914-1918, le champ géographique des immigrations s’étend à d’autres États européens. Les Belges conservent jusqu’en 1931 la deuxième place, pour la perdre ensuite au profit des Polonais. Parallèlement, la France voit arriver des Espagnols –de la guerre civile (1936) aux années 1970 – et des Portugais pendant les « Trente glorieuses ». La France ouvre par ailleurs, tout à la fin du XIXe siècle, un espace migratoire maghrébin et plus généralement colonial. On commence à recruter des Kabyles pour les grands chantiers de travaux publics (Paris, Marseille) et, en 1912, l’établissement du protectorat sur le royaume chérifien entraîne une première immigration marocaine en France. La crise économique des années 1930 s’accompagne d’un ralentissement de l’immigration, qui reprend durant les « Trente glorieuses ».

La présence, devenue permanente surtout après 1974, de nombre de ressortissants des anciennes colonies d’Afrique noire ou d’Indochine, contribue, par les liens et les réseaux qu’elle tisse, à la poursuite d’un flux migratoire qui rend pérenne l’espace migratoire ex-colonial de la France. Il faut aussi constater un élargissement à l’ensemble du monde des foyers d’émigration vers notre pays, alors que les trois États du Maghreb et la Turquie représentent à eux quatre, plus de 40 % des naturalisations.

Aujourd’hui, les immigrants forment environ un dixième de la population de la France, un pourcentage sans équivalent historique. Les conséquences en sont claires : ou la France sait déployer, afin d’assurer la concorde sociale, des politiques d’intégration permettant à l’ensemble de ses habitants de se référer à l’universel commun qui est celui des valeurs de l’Hexagone, ou l’incapacité de ses habitants de partager un minimum de valeurs communes se traduira par un communautarisme inévitablement conflictuel.

NRH : De quand date en France le droit du sol (jus soli) et quelle signification convient-il, historiquement, de lui donner ?

G-FD : Sous l’Ancien Régime, la prépondérance du jus soli est traditionnelle. Puis le jus sanguinis (droit du sang), pour les enfants dont au moins un des parents est Français, devient quasi exclusif de la constitution de 1791 à 1851. Au milieu du XIXe siècle, la France, seul pays d’Europe à avoir abaissé sa fécondité dès la fin du XVIIIe siècle, connaît une insuffisance de main-d’œuvre. Dès lors, le souhait que les enfants d’immigrants soient Français, notamment pour pouvoir contribuer à la défense du territoire et donc avoir les mêmes obligations militaires que les nationaux, s’intensifie. Une loi de 1851 instaure le « double droit du sol », « double jus soli » ainsi formulé : « Est Français, tout individu né en France d’un étranger qui lui-même y est né ». Près de quatre décennies plus tard, le même souci de majorer les effectifs militaires demeure, et la loi de 1889 instaure un « simple jus soli », en décidant que « l’individu né en France d’un étranger est Français si, à l’époque de sa majorité, il est domicilié en France ». En 1945, une ordonnance remplace l’exigence de domicile en France à l’âge de la majorité par une résidence en France dans les cinq années précédant la majorité.

NRH : Selon vous, quelles raisons expliquent que la France, qui disposait de la population la plus nombreuse et la plus dynamique d’Europe à la fin du XVIIIe siècle, ait été le premier pays à voir baisser sa natalité ?

G-FD : Il faut avoir l’humilité de reconnaître que la réponse à cette question est malaisée. Restent deux grandes références. La première est Jean-Baptiste Moheau qui publie en 1778 son livre Recherches et considérations sur la population de la France dont la seconde partie est une réflexion doctrinale sur « les causes du progrès ou de la décadence de la population ». Outre l’importance des politiques gouvernementales sur la natalité et la mortalité, Moheau considère que les mœurs sont un déterminant essentiel de la fécondité.

La seconde référence est Frédéric Le Play qui développe, notamment dans La Réforme sociale en France, une thèse visant à expliquer la dénatalité française au XIXe siècle par le remplacement du droit d’aînesse par un droit égal des différents enfants dans la succession.

NRH : Dans votre livre Démographie politique. Les lois de la géopolitique des populations, vous avez défini un certain nombre de « lois » : du nombre, des groupes humains, du différentiel, de stimulation et de langueur, d’attirance, de repoussement et de diasporas. Pensez-vous que ces données sont suffisamment prises en compte par les dirigeants politiques ? Et croyez-vous que la phrase d’Alfred Sauvy, citée dans votre conclusion, « si fondamentales sont les questions de population dans l’analyse géopolitique que leur omission prend de terribles revanches sur ceux qui les ignorent », demeure d’une brûlante actualité ?

G-FD : Dans les démocraties, nombre de dirigeants politiques raisonnent trop exclusivement en fonction de la prochaine échéance électorale et, dans les pays à régime autoritaire, ont surtout le souci de préserver leur pouvoir. Ils omettent de se référer à l’importance de ces lois, pourtant essentielles à la compréhension du monde et donc aux choix géopolitiques à effectuer. D’où de nombreuses erreurs politiques. On peut citer celle de Staline s’interrogeant sur le « nombre de divisions » dont disposerait le pape, en sous-estimant ainsi une Église catholique qui, regroupant un milliard de fidèles, jouera un rôle non négligeable dans la chute du communisme. Ou celle des Occidentaux prétendant « punir » Bachar el Assad en ignorant les réalités géopolitiques de la Syrie (10).

NRH : L’opinion s’inquiète à juste raison de la régression de l’histoire dans nos enseignements primaire et secondaire. Quelles réflexions inspire au géographe que vous êtes la situation de votre discipline ?

G-FD : Ce que vous décrivez comporte deux aspects fort différents. Le premier tient à une certaine régression quantitative dans l’enseignement, beaucoup plus marquée pour la géographie que pour l’histoire. Plus inquiétants sont les aspects qualitatifs avec des programmes trop touffus, usant de formulations relevant parfois de phénomènes de mode. Ils conduisent à ne pas assez insister sur l’essentiel, c’est-à-dire l’acquisition des bases sans lesquelles l’élève sort du lycée plein d’un magma historico-géographique qui ne lui fournit guère de repères. Cette situation atterre les enseignants du supérieur qui doivent essayer de transformer ce magma en une véritable connaissance.

Une discussion historique sur une période quelconque suppose de connaître un minimum de faits historiques, leur chronologie et la géographie des lieux où cette histoire se déroule. Bref, les programmes manquent souvent leur objectif qui est de permettre aux élèves d’hériter d’une expérience historique essentielle pour bâtir l’avenir.

Propos recueillis par Pauline Lecomte

Crédit photo : DR

Notes

  1. 1. www.population-demographie.org/revue03.htm
  2. Gérard-François Dumont, Démographie politique. Les lois de la géopolitique des populations, Ellipses, 2007.
  3. Gérard-François Dumont, « Le déficit des filles en Chine : vers un nouvel enlèvement des Sabines ? », Monde chinois, n° 15, automne 2008.
  4. Gérard-François Dumont, « Un nouvel acteur géopolitique : la diaspora indienne », Géostratégiques, n° 19, avril 2008.
  5. Pierre Chaunu et Georges Suffert, La Peste blanche, Gallimard, 1976.
  6. Qui suppose une fécondité de 2,1 enfants par femme dans une région à haut état sanitaire comme l’Europe.
  7. Gérard-François Dumont, « La Russie extrême-orientale et les migrations chinoises », dans La Russie, dir. Gabriel Wackermann, Ellipses, 2007.
  8. Voir Gérard-François Dumont, « La diversification du peuplement et la géopolitique interne des États-Unis », Géostratégiques, n° 23, 2009.
  9. Jean-Pierre Poussou dans Histoire de la population française, dir. Jacques Dupâquier, PUF, 1988.
  10. Gérard-François Dumont, « Syrie : de la géopolitique des populations à des scénarios prospectifs », Géostratégiques, n° 37, 2012.

Repères biographiques

Gérard-François Dumont

Le recteur Gérard-François Dumont est professeur à l’université de Paris-Sorbonne. Auparavant membre de section du Conseil économique et social, expert auprès du Comité économique et social européen, il dirige la revue Population & Avenir et est administrateur de la Société de Géographie. Parmi plus de cinq cents publications, figurent notamment les livres suivants : Les Migrations internationales (Sedes), Les Racines de l’identité européenne (Economica), La Population de la France, des régions et des DOM-TOM (Ellipses), Les Populations du monde (Armand Colin), Géopolitique de l’Europe (Sedes) et Démographie politique. Les Lois de la géopolitique des populations (Ellipses).

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